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Mobilité de la main-d’œuvre

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Dès avril 2009, les travailleurs canadiens pourront aller chercher leur bonheur dans les autres provinces et territoires plus facilement que jamais. Mais l’entente sur la mobilité de la main-d’œuvre au Canada n’est pas du goût de tous.

par Rim Boukhssimi


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 10
novembre-décembre 2008


Benoît Maher, électricien depuis près de 10 ans dans la région de Montréal, pense sérieusement à quitter la province pour s’expatrier dans l’Ouest. C’est en comparant ses conditions de travail avec celles de collègues exilés que l’envie lui est venue. «Ils sont allés en Colombie-Britannique et en Alberta, où la qualité de vie comme la rémunération sont vraiment intéressantes, dit-il. Les électriciens y sont payés près de 75 $ l’heure, alors qu’ici on est limité à 31 $ en moyenne.» En plus, tout est payé par l’employeur, les déplacements comme le logement. «Et nos heures de travail continuent d’être comptées au Québec, en prévision de la retraite. On ne perd rien», poursuit-il.

Benoît Maher voit donc d’un bon œil le projet d’entente des premiers ministres sur la mobilité de la main-d’œuvre entre les provinces. Selon le principe mis de l’avant, sa recherche d’emploi serait facilitée puisqu’il aurait accès à tous les chantiers canadiens.

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C’est le 18 juillet dernier, lors de la cinquième rencontre estivale annuelle du Conseil de la fédération, que cette entente a été annoncée. Si elle est ratifiée, elle permettra la reconnaissance automatique des compétences et des diplômes par toutes les provinces, où qu’ils aient été acquis au pays, et facilitera ainsi l’emploi des Canadiens d’où qu’ils soient. Jusqu’à aujourd’hui, les principales ententes signées par le Québec avec quelques provinces comme Terre-Neuve et l’Ontario concernaient l’industrie de la construction. D’après les premiers ministres, la complète mobilité des travailleurs serait essentielle pour la croissance économique du pays.

Claude Montmarquette, économiste et professeur à l’Université de Montréal, applaudit. «Cette entente est positive pour l’économie puisque nous sommes dans une union monétaire. Il est essentiel d’avoir une mobilité complète des biens et de la main-d’œuvre, sinon il n’y a aucun avantage à partager la même monnaie.»

Yvon Boudreau, consultant à la Fédération des chambres de commerce du Québec, est du même avis. «Pourquoi s’empêcher de profiter des occasions issues du boum économique de l’ouest du pays? Il serait ironique que l’on ait plus d’entraves à la libre circulation au sein du Canada qu’avec certains pays!» s’exclame-t-il.

Scénario catastrophe?

Pourtant, cette nouvelle entente ne convient pas à tout le monde. Dans le domaine de la santé, en particulier, on grince des dents. «Cette entente serait bien pour nous si on était en équilibre d’effectif, mais il nous manque déjà 1 500 infirmières au Québec, allègue Lina Bonamie, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. Cela va augmenter une compétition où l’on est déjà perdant, surtout sur le plan des salaires. Aller dans une province où l’on sera payé 15 000 $ de plus annuellement, c’est alléchant.»

Selon une étude rendue publique en décembre 2007 par le Conference Board du Canada, il va manquer quelque 292 000 travailleurs au Québec d’ici à 2025, et ce chiffre pourrait grimper à 363 000 d’ici à 2030.

Des prévisions qui donnent froid dans le dos, surtout qu’avec cette nouvelle entente, il est à prévoir que la main-d’œuvre qualifiée de provinces où les salaires sont plus bas, comme le Québec, n’hésitera plus à plier bagage au profit de la Saskatchewan ou de l’Alberta, par exemple, en forte croissance économique avec le boum pétrolier.

Ces craintes devraient-elles forcer les premiers ministres à reculer? «On ne peut pas mettre de barrières protectionnistes par peur de la concurrence, dit Yvon Boudreau. Il faut continuer à être parmi les meilleurs et trouver notre place dans ce type d’économie.» Selon lui, il serait illusoire de penser que des masses de travailleurs se déplaceront, mais il demeure important pour une économie de pouvoir recourir à des compétences où et quand elle en a besoin.

Lors de la conférence de presse de juillet dernier, Jean Charest a d’ailleurs fait valoir que l’entente sur la mobilité interprovinciale de la main-d’œuvre forcera chaque province, dont le Québec, à offrir de bonnes conditions de travail à ses employés du secteur public pour éviter de perdre sa main-d’œuvre qualifiée.


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Québec

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Défavorable

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