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Où va votre salaire?

Pour plusieurs d’entre nous, la question se pose chaque fin de mois : «Où est donc passé mon argent?» Après les dépenses liées au logement, à l’alimentation, au transport – et quelques autres débours plus ou moins essentiels –, on rêve à la prochaine paye… Manquons-nous d’argent ou de jugement?

par Johanne Latour • Recherche préliminaire Marie-Eve Cousineau • coordination Christine Lanthier


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 1
janvier 2009


Les trois quarts des Québécois issus de la classe moyenne trouvent qu’il ne leur reste plus rien à la fin du mois, selon une enquête de Léger Marketing effectuée en août 2008. «Près de la moitié des ménages sondés ont vécu des tensions dans leur famille au cours des derniers mois à cause de leur situation financière», dit Christian Bourque, vice-président recherche de la maison de sondage.

Une autre étude, réalisée par Altus Géocom, montre qu’en août et septembre 2008, la confiance des consommateurs québécois envers leur avenir financier était à son plus bas niveau depuis 2002, exception faite de l’automne 2005, alors que le prix de l’essence atteignait plus de 1,40 $ le litre, au lendemain de l’ouragan Katrina. Le moral était donc à plat même avant la dégringolade boursière. Imaginez aujourd’hui!

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Et pourtant… «Nous sommes plus riches qu’avant», déclare Pierre Fortin, professeur d’économie à l’UQAM. Il cite l’exemple de la famille biparentale médiane, «celle qui est plus riche que la moitié des familles et moins riche que l’autre moitié». «De 1998 à 2006, le revenu de cette famille a crû de 44 %, notamment grâce à la reprise économique, à des mesures fiscales avantageuses et à l’accroissement du salaire des femmes, qui est dû, entre autres, à leur nombre croissant sur le marché du travail et à l’équité salariale», affirme-t-il.

Même en tenant compte de l’inflation, cette famille jouit d’un pouvoir d’achat augmenté de 20 % (voir tableau sur cette page). «Le revenu disponible n’avait pas connu un tel essor depuis les années 1960!» lance Pierre Fortin.

Une tendance qui s’est maintenue jusqu’à tout récemment. Le professeur observe qu’entre 2006 et le troisième trimestre de 2008, le salaire hebdomadaire médian des employés réguliers s’est accru de 6,6 %, tandis que l’indice des prix à la consommation a progressé de 4,8 %. Les factures plus élevées – principalement pour l’essence et pour l’épicerie – seraient donc contrecarrées par l’augmentation des salaires, à laquelle s’ajoutent d’autres facteurs tels que les prestations fédérales pour la garde d’enfants, la baisse de la TPS et les réductions de l’impôt provincial.

Toujours plus

Si les Québécois sont plus riches qu’avant, pourquoi se sentent-ils coincés, voire étouffés financièrement? Selon Pierre Fortin, professeur d’économie à l’UQAM, la réponse est simple : peu importe le salaire gagné, la société de consommation dans laquelle nous vivons nous incite à en vouloir toujours plus pour se faire plaisir et pour se comparer avantageusement à nos voisins. «Le bonheur matériel se définit toujours de manière relative», dit-il.

«La publicité, en plus de nous informer et de nous persuader, crée un nouvel imaginaire qui amplifie le désir de consommer et qui, surtout, le justifie, ajoute le professeur de sociologie Simon Langlois, de l’Université Laval. Il y a quelques générations, il valait mieux épargner pour ses vieux jours que de voyager. Aller dans le sud aurait été imprévoyant. Aujourd’hui, on se dit simplement que cela va faire du bien d’être au soleil et que ce sera bon pour notre santé.»

Et la retraite, dans tout ça?

Or, cette attitude est lourde de conséquences. «Lorsque nous avons sondé la classe moyenne, plus du tiers des répondants n’avait pas épargné un rond pour la retraite au cours de l’année précédente!» déplore Christian Bourque, de Léger Marketing.

Chez ceux qui l’ont fait en 2007, le portrait n’est guère plus reluisant. Le sondeur fait état d’une épargne moyenne de 1 800 $ par foyer, soit 2,7 % du revenu brut moyen, établi à 66 700 $. Pas sûr que ce soit suffisant pour assurer une belle retraite.

Maurice Gosselin, titulaire de la chaire Groupe Investors en planification financière à l’Université Laval, fait ce calcul : une contribution de 1 800 $ par année pendant 30 ans, avec un taux d’intérêt annuel de 5 %, permettra d’accumuler 119 589 $. À la retraite, cette somme procurera pendant 20 ans une rente de 9 139 $ par année… Vingt ans à rester chez soi, c’est long!

Pour comparer, prenons l’exemple d’une personne de 35 ans qui gagne 45 000 $ par année et dont le salaire augmente de 2 % par année. Si elle commence à placer 10 % de son revenu dans un portefeuille équilibré (50 % actions, 50 % liquidités et titres à revenu fixe), elle se retrouvera, 30 ans plus tard, avec plus de 737 000 $, selon Fidelity Investors. Là, on parle!

Outre les régimes enregistrés d’épargne-retraite, le gouvernement fédéral nous permet depuis peu d’employer un nouvel outil fort avantageux, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Cette année, il est possible d’y déposer jusqu’à 5 000 $. Et faut-il rappeler que l’on peut aussi épargner à la banque simplement pour faire face aux imprévus et ainsi limiter l’endettement?


guide de survie

Quelle serait la pire gaffe lors d’un party de bureau?









Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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