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La météo, un sujet facile pour briser la glace? Ne répétez pas cela à Pascal Yiacouvakis! Le météorologue présente quotidiennement la météo sur RDI, à la télévision de Radio-Canada et à la radio de CBC. Pour cet expert du temps de 25 ans de métier, la météo est une science que nous aurions intérêt à mieux connaître : quand nous nous plaignons que les météorologues se trompent, c’est que nous ne comprenons pas ce qu’ils prédisent. En cette saison des tempêtes de neige, on prend des notes à la maison!

Q › Avec les critiques acerbes dont les météorologues ont été l’objet l’été
dernier, sentez-vous une crise de confiance envers eux?
R › S’il y en avait une, le public ne nous écouterait plus. Or, au contraire, les bulletins météo restent très populaires. Les auditeurs de l’émission radiophonique du matin à CBC m’envoient beaucoup de courriels et de messages texte. Ils me posent des questions sur les radars d’Environnement Canada ou me félicitent quand mes prévisions tombent pile. En décembre 2007, j’ai reçu énormément de courrier me remerciant d’avoir annoncé, avec six jours d’avance, une forte tempête de neige qui s’est abattue sur tout le Québec.
Q › Les propriétaires de terrains de golf, en tout cas, n’ont pas apprécié les prévisions de l’été passé! Selon eux, les météorologues prévoient toujours un peu de tout pour être certains de ne pas se tromper. Ils en ont aussi contre le fait que vous annonciez 40 % de probabilité de pluie plutôt que 60 % de probabilité de soleil.
R › Ils ne comprennent pas ce qu’est une probabilité de précipitation. Et ils ne sont pas les seuls. Ce n’est pas parce que j’annonce 40 % de probabilité de pluie qu’il y a 60 % de chances qu’il fasse soleil : le ciel peut être gris même s’il ne pleut pas! Quand j’annonce 40 % de probabilité de pluie, cela signifie que vous avez quatre chances sur dix de recevoir des gouttes. Si quelqu’un n’en voit pas une pendant sa journée, c’est peut-être parce que ma prévision était erronée. Il y a aussi de bonnes chances que l’averse soit passée à côté de lui. Bien des gens ne comprennent pas non plus ce que signifie l’expression «quelques averses dispersées sur Montréal». Il ne faut pas traduire cela par «il va pleuvoir partout sur l’Île». Cela veut dire qu’il va pleuvoir ici et là dans la grande région montréalaise. En météo, tous les mots comptent!
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Q › En 2008, le Québec a eu un hiver de tempêtes, un printemps de pluie et un été froid. Les temps sont-ils difficiles pour les météorologues?
R › Quand le temps est au beau fixe, je m’ennuie parce que je n’ai rien à faire! Au contraire, le mauvais temps me donne beaucoup de travail. Quand je vois arriver une tempête de neige, je dois prévoir quelles quantités vont tomber ainsi que le moment où la tempête va commencer et se terminer. Malheureusement, que les conditions météo s’annoncent bonnes ou mauvaises, les chaînes de télévision et de radio m’allouent toujours le même temps d’antenne pour présenter mes prévisions.
Q › Les concepts météorologiques sont-ils difficiles à expliquer au commun des mortels?
R › La météo est une science compliquée. J’arrive à en expliquer certains aspects, mais pas autant que je voudrais. Je ne fais pas une émission scientifique non plus! J’essaie tout de même de vulgariser. Par exemple, j’utilise parfois l’expression «machine thermique» pour expliquer les conversions de masses d’air et d’énergie dans la haute atmosphère. En gros, c’est de l’air chaud qui se dirige vers les régions polaires et de l’air froid qui va vers l’équateur. Cela entraîne des perturbations à l’origine de nos grosses tempêtes de neige. Mon but est d’intéresser les gens à la météo pour qu’ils se rendent compte à quel point ce qui se passe au-dessus de leur tête est complexe et passionnant.
Q › Le public est-il plus exigeant envers les météorologues qu’il l’était il y a
10 ou 15 ans?
R › Je le crois, car plus on lui donne de l’information météorologique, plus il en demande. Les gens ont aussi davantage de moyens d’information qu’autrefois. Plusieurs consultent les données des satellites et des radars qui sont disponibles sur le site d’Environnement Canada, par exemple. Ceci dit, entre la connaissance de ces données à très court terme et les prévisions météorologiques, il y a beaucoup de calculs! Les gens ne le comprennent pas toujours.
Q › Qu’est-ce que le grand public a tant de mal à saisir?
R › La plupart des gens ne comprennent pas comment, parfois, je peux prédire avec confiance des situations météorologiques cinq ou six jours d’avance, alors qu’à d’autres moments je ne peux pas leur dire précisément ce qui va arriver dans deux jours! Tout dépend de la stabilité des systèmes météorologiques. Les gens ne comprennent pas non plus que les météorologues sont incapables de prévoir avec certitude le temps qu’il fera dans un mois, pendant leurs vacances! L’atmosphère est un système trop chaotique pour des prévisions à aussi long terme. Au mieux, nous pouvons prévoir avec précision le temps qu’il fera dans sept ou huit jours. Quand nous faisons des prévisions sur 15 jours, elles indiquent seulement des tendances : par exemple, si les températures seront au-dessus ou en dessous de la normale.
Q › Est-il possible d’améliorer les prévisions à long terme?
R › Les services météorologiques d’Environnement Canada et leurs équivalents aux États-Unis et en Europe font maintenant des prévisions d’ensemble. Ils prévoient d’abord la météo pour les 15 prochains jours, sur la base de leurs données sur la pression atmosphérique ou la direction des vents, par exemple. Puis, pour simuler la nature chaotique de l’atmosphère, ils modifient très légèrement leurs données et refont la même prévision pour les 15 prochains jours. Cet exercice est répété 20 fois. Quand les météorologues arrivent à des prévisions très semblables 20 fois de suite, ils savent qu’elles ont de bonnes chances de se réaliser. Ceci dit, ces projections à long terme ne sont jamais garanties à 100 %.
Q › Les changements climatiques affectent-ils vos tâches?
R › Oui, parce qu’ils augmentent ma charge de travail! Quand il fait plus chaud, il y a plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Cela augmente la probabilité que les événements météorologiques extrêmes se produisent. Il n’y a qu’à penser aux inondations de 1996 dans la région du Saguenay ou à toute la neige que nous avons reçue l’hiver passé. En 23 ans de métier, je ne me souviens pas d’avoir vu autant de tempêtes de neige aussi importantes et rapprochées dans le temps. Je me demandais si mes modèles informatiques n’étaient pas devenus fous quand j’essayais de prévoir ce qui allait arriver. Bref, les changements climatiques nous donnent des surprises.
Q › Internet et l’information continue ont-ils changé la façon dont vous
travaillez?
R › L’information continue me donne plus d’ouvrage, parce que je dois faire davantage d’interventions. Mais Internet a révolutionné mon travail. Tous les centres météo de la planète ont maintenant un site qui affiche en temps réel les données des radars et des satellites. Cela me permet de connaître le temps qu’il fait à l’autre bout du monde ou de savoir quand un typhon va frapper en Asie.
Q › Comment voyez-vous l’avenir des météorologues?
R › On va toujours avoir besoin de nous pour présenter la météo à la télévision et à la radio. C’est un sujet qui touche tout le monde et qui est de plus en plus populaire.
C’est un peu différent du côté des Services météorologiques d’Environnement
Canada. Les prévisions à long terme sont davantage automatisées. Mais les machines ne me battent pas dans le court terme. Je peux utiliser les données radars, qui changent aux cinq minutes, alors que l’ordinateur met au moins trois ou quatre heures à faire ses calculs!