Dossiers chauds
Thomas Zuber

L'enfer des bureaux cool

Ils ont tout pour être heureux, les cadres des agences de pub, des boîtes de nouvelles technologies et autres firmes branchées. Ils ont de bons salaires, travaillent dans un espace à aire ouverte, avec machine à espresso. La table de baby-foot est à portée de main. Ils sont copain-copain avec le patron, et le casual friday... c’est du lundi au vendredi.

par Steve Proulx • Photo : Jean-Marc Gourdon, 2008


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 4
avril 2009


Pourtant, cette faune cool vit d’angoisse, de détresse et de stress dans son habitat chromé suintant la joie de vivre. Deux «jeunes consultants dynamiques», Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, se sont attaqués à cette arnaque des lieux de travail pleins d’artifices, sans hiérarchie apparente.

Leur brûlot L’open space m’a tuer (sic), paru en France l’automne dernier, révèle à travers plusieurs témoignages la face cachée des bureaux cool.

Entretien avec Thomas Zuber.

Q › Quel constat vous a donné l’idée de ce livre?
R › Dans l’entreprise où l’on travaillait, il y avait de plus en plus de cadres qui démissionnaient du jour au lendemain en envoyant à tout le monde des courriels de départ provocateurs, dans lesquels ils parlaient du stress et des conditions de travail. En voyant ça, on s’est dit : «Il y a quelque chose qui ne va pas.» Et on a découvert qu’il ne s’agissait pas de phénomènes isolés…

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Q › Votre livre a généré beaucoup de réactions de la part de cadres disant souffrir au boulot, malgré des conditions de travail en apparence idéales? Quels commentaires reviennent le plus souvent?
R › Les gens se reconnaissent dans ce qu’on décrit comme étant la «comédie du bonheur». Il y a maintenant, dans plusieurs boîtes, une certaine culture du fun, une dictature du cool. On vous dit : «Éclatez-vous au travail et ayez toujours l’air heureux et enthousiaste.» On pense à des entreprises comme Google : dans leurs bureaux de Zurich, on entre en utilisant une glissade. Sauf que dans ce cadre-là, soi-disant amusant, il y a du travail à accomplir, des évaluations de rendement et des objectifs à court terme. On assiste donc à un décalage important entre la «comédie» que l’on doit jouer constamment et ce que l’on ressent au fond de soi. Résultat : les employés ont de plus en plus de souffrances intériorisées.

Q › Quel est le témoignage le plus frappant que vous ayez reçu?
R ›
L’histoire d’un collègue qui a été pris, tout à coup, d’une crise d’angoisse. Il est tombé, il tremblait. Ce n’est pas très grave, mais c’est impressionnant. On a appris plus tard que l’entreprise lui avait confié un projet sans lui fournir le budget et les ressources pour le réaliser. Plutôt que de se plaindre, étant donné qu’il faut toujours avoir l’air d’un gagnant, le cadre s’est dit qu’il allait y arriver, qu’il allait se battre. Le soir, il retournait chez lui, il ne dormait plus, il prenait des antidépresseurs pour tenir. Et un jour : «Bang!»

Q › Malgré son titre, votre livre n’est pas uniquement à propos des bureaux à aire ouverte (open space). Cela dit, faire travailler tout le monde dans la même salle est, à votre avis, une mauvaise idée. Pourquoi?
R ›
D’abord, l’open space génère beaucoup de stress à cause du bruit. Il y a l’imprimante au milieu de la salle, il y a ceux qui parlent fort dans leur portable et ceux qui tiennent des réunions téléphoniques sur haut-parleur. Ensuite, même si on pense que l’open space a ce côté convivial et collégial, car on est tous dans la même pièce, la réalité c’est que tout le monde se surveille. Il y a un côté Big Brother : le soir, on n’ose pas être le premier à partir et on fait attention à ce qu’il y a sur l’écran de son ordinateur… On est constamment soumis au regard des autres. Et puisqu’il y a plus ou moins de hiérarchie dans les bureaux cool, c’est presque une prison, sans surveillants!

Q › Parmi les effets pervers des bureaux cool, il y a aussi l’absence d’un sentiment d’appartenance entre l’employé et l’entreprise.
R ›
C’est vrai. Si les jeunes cadres souhaitent un meilleur équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée, c’est parce qu’ils ne sont plus autant attachés à l’entreprise qu’auparavant. De toute façon, dans son attitude, on a l’impression que l’entreprise ne veut pas que vous vous identifiiez à elle. Par exemple, on vous fait travailler en mode projet sur des mandats à court terme, ou on vous dit qu’après ce projet, vous pourrez mieux vous «vendre» ailleurs. L’employé devient une ressource interchangeable. Il n’y a plus de projet commun. Le travail est individualisé.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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