Trouver un article
Le salaire minimum passera de 8,50 $ à 9 $ l’heure au Québec à partir du 1er mai 2009. Si le niveau du plancher salarial est toujours sujet à controverse, la récession ajoute un nouvel ingrédient au débat.

Cinquante cents de plus l’heure, ou 20 $ par semaine. C’est ce que gagneront les travailleurs au salaire minimum dès le 1er mai. «Cette augmentation permettra d’accroître le pouvoir d’achat des travailleurs à faible revenu […] C’est en même temps un moyen pour stimuler l’économie ainsi qu’une mesure d’incitation au travail», a déclaré le ministre du Travail, David Whissell, en annonçant la nouvelle le 30 janvier dernier.
La mesure ne semble toutefois faire l’affaire de personne. D’un côté, les groupes sociaux exigent davantage, de l’autre, les employeurs déjà affaiblis par la crise économique y voient une menace supplémentaire. C’est la seconde hausse depuis 2008.
| Pub. |
En entrevue, le ministre affirme que les deux hausses ne nuiront pas à l’économie. Les entreprises touchées œuvrent en grande partie dans les domaines de la restauration et du commerce du détail, lesquels ne sont pas en concurrence avec les marchés extérieurs, estime-t-il.
Pour Simon Prévost, vice-président, Québec, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, cet argument ne tient pas : «Si le restaurant du coin est obligé d’augmenter ses prix de 15 % pour absorber le coût de main- d’œuvre, moins de gens voudront y aller. Là, on ne parle pas de concurrence internationale.»
«Non seulement il faudra absorber presque 12 % de hausse salariale en 2008 et 2009, mais il faudra payer davantage de charges sociales [CSST, assurance-emploi, etc.], poursuit-il. Les entreprises ne peuvent pas répercuter la hausse sur les prix, car le consommateur ne peut pas payer plus à cause du ralentissement économique. Cela aura donc un impact sur l’emploi.» De leur côté, le Front de défense des non-syndiqué-es, le Collectif pour un Québec sans pauvreté et la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes en réclament davantage : un taux horaire indexé au coût de la vie, à 10,66 $. C’est ce qui permettrait à une personne travaillant 40 heures par semaine d’atteindre le seuil de faible revenu défini par Statistique Canada, soutiennent-ils.
L’avis d’un expert Pierre Fortin, économiste et spécialiste de la question depuis 25 ans, croit pour sa part que le gouvernement du Québec s’éloigne d’un équilibre préservé depuis longtemps. «Pour les travailleurs au bas de l’échelle, il est souhaitable que le salaire minimum soit le plus élevé possible. Toutefois, il ne doit pas dépasser 45 % du salaire horaire moyen des employés non syndiqués. Passé ce seuil, une augmentation du salaire minimum de 5 % détruit 1 % de l’emploi parmi les plus bas salariés, soit l’équivalent de 4 000 postes.» Or, à 9 $ l’heure, le salaire minimum atteindra 47 % du salaire horaire moyen, établi à 19,11 $ en janvier dernier.
Durant la campagne électorale de 2008, Jean Charest a promis une autre augmentation pour 2010. Néanmoins, celle-ci sera conditionnelle à une évaluation économique, a confié David Whissell au Magazine Jobboom.
Il vaudrait mieux, en effet. Si cette nouvelle hausse avait lieu en pleine récession, Pierre Fortin anticipe l’élimination de 5 000 à 8 000 emplois au salaire minimum pour les 2 prochaines années.