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Si vous rêvez de devenir un auteur à succès, faites une croix sur les romans. Ne songez même pas aux essais. Exercez plutôt votre plume à l’écriture de livres de croissance personnelle. Le meilleur créneau pour vendre des tonnes de «copies»!

J’ai droit au regard hautain du libraire lorsque je dépose ma pile de livres à la caisse. Visiblement, il n’est pas impressionné par ma sélection. Je ne vois pas pourquoi.
Si je viens à bout de lire tous ces bouquins, j’aurai bientôt percé les secrets de l’esprit millionnaire, compris comment être heureuse et le rester (la méthode est scientifiquement éprouvée, peut-on lire sur la jaquette du livre) et découvert le sens de ma vie. Comment lever le nez sur autant de promesses?
En mettant le pied dehors, la recette pour une meilleure vie dans mon sac à dos, j’ai le cœur léger. Mon avenir semble radieux. Pas autant, cependant, que celui des éditeurs et des auteurs dont je viens de me procurer les livres.
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Au Québec, si on exclut les cas d’exception comme Marie Laberge, le premier tirage d’un roman se situe généralement aux environs de 500 exemplaires. Celui d’un livre de croissance personnelle, entre 2 500 et 5 000. Plusieurs titres font l’objet d’un deuxième, troisième, quatrième tirage. Les succès entièrement made in Québec sont nombreux. Les deux derniers livres de Jean-Marc Chaput, qui nous incite à renoncer à notre vie équilibrée «imposée par la société» et à révolutionner notre propre existence, se sont vendus chacun à plus de 50 000 exemplaires.
Demandez et vous recevrez, de Pierre Morency, a trouvé plus de 100 000 acheteurs au cours des 6 dernières années et les ventes ne montrent aucun signe d’essoufflement. Les slogans-chocs comme «Si vos rêves ne vous effraient pas, ils sont trop petits» sont indémodables.
Dernier succès de librairie : le livre de Michèle Cyr, Que la force d’attraction soit avec toi. Susciter l’abondance et le plaisir dans son quotidien et dire enfin : «Bye-bye la petite vie!». Publié en 2007, 35 000 exemplaires se sont déjà envolés. L’ancienne vice-présidente Finances de la Brasserie Molson O’Keefe décrit comment se servir au quotidien de la «loi de l’attraction» (le pouvoir de la pensée positive), popularisée dans Le Secret de Rhonda Byrne, pour attirer richesse et bonheur.
Même avec un best-seller vendu à 100 000 exemplaires, ne vous attendez pas à prendre votre retraite au soleil de sitôt. Les auteurs, après tout, n’empochent que 10 % des ventes. Mais en sortant régulièrement un nouveau titre (Alain Samson, le spécialiste québécois en «mieux-être» au travail, en a publié 65 en 15 ans!) et en complétant vos revenus avec une tournée de conférences, vous aussi pourrez dire «bye-bye boss».
Vous devrez toutefois vous frayer un chemin parmi la compétition. Les éditeurs qui publient des livres de croissance personnelle comme Les Éditions Quebecor, Les Éditions de l’Homme, Les Éditions Transcontinental ou Un monde différent sont submergés de manuscrits écrits par de jeunes auteurs et motivateurs qui veulent surfer sur la vague.
«Depuis que nous avons publié la version française du livre Le Secret [400 000 exem- plaires vendus au Québec uniquement], c’est pire que jamais», raconte Michel Ferron, éditeur chez Un monde différent, qui dit recevoir quelques centaines de propositions par année. On en propose mille par année à Jacques Simard, directeur général aux Éditions Quebecor! «Beaucoup de madames Tartampion qui veulent publier le “vrai” secret.»
Voici une recette «non scientifiquement éprouvée» pour tirer votre épingle du jeu.
Vous avez sûrement, à un moment de votre vie, triomphé de l’adversité. Cherchez un peu! À tout le moins, vous avez réussi à vous débarrasser d’un ami parasite ou à surmonter votre gêne maladive pour vous bâtir un réseau de contacts. Retracez les étapes de votre succès et partagez-les. Intégrez-y des exercices. «On ne peut pas écrire un livre de croissance personnelle si on n’a pas fait face au défi dont il est question», croit Jacques Simard, des Éditions Quebecor. «Si l’auteur bluffe, les lecteurs vont le sentir.» Attention : il ne s’agit pas non plus de raconter sa vie. «Je reçois un nombre incroyable de manuscrits témoignages», dit Erwan Leseul, éditeur aux Éditions de l’Homme. «Les gens croient que leur vie peut intéresser tout le monde. Ça peut arriver, mais c’est assez rare.»