Moins attachés à leur citoyenneté que ne le sont leurs parents, de plus en plus de jeunes Israéliens sont tentés d’émigrer pour améliorer leur sort.

Il fut un temps où un Israélien n’avait pas intérêt à faire ses valises. Quitter la terre promise aux Juifs depuis 2 000 ans, une terre retrouvée au prix de tant de souffrance, était perçu comme un acte de haute trahison. Une menace pour la pérennité de l’État.
En 1976, le premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, traitait les émigrants israéliens de mauviettes et de déserteurs. Le mot «Yored» (émigrant israélien, en hébreu) était même devenu une sorte de blasphème.
Aujourd’hui, le sujet est moins épidermique. Certes, l’État fait des efforts pour rapatrier les brebis égarées. Mais le ton est plus séducteur que culpabilisant. Par exemple, en 2007, le ministère de l’Intégration a mené une campagne publicitaire dans les médias hébreux publiés à l’étranger qui titrait : «On n’est jamais aussi bien qu’à la maison».
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Avoir la bougeotte n’est donc plus une honte. Les jeunes, surtout, semblent l’assumer sans complexe. Un sondage mené en 2006 par l’Institute for Policy and Strategy, une branche de la Lauder School of Government, Diplomacy and Strategy, en Israël, révèle que 44 % des Israéliens dans la vingtaine seraient prêts à lever le camp en échange de meilleures conditions de vie dans un autre pays.
Yinon Cohen, un démographe spécialiste de l’immigration internationale des Israéliens au Département de sociologie de l’Université Columbia, à New York, soutient toutefois que les deux tiers des émigrants israéliens reviennent au bout d’une année ou deux. Selon son analyse, beaucoup de jeunes vont parfaire leur éducation à l’étranger (aux États-Unis, principalement), puis rentrent au pays.
Ceux qui s’en vont – temporairement ou pour toujours – le font surtout pour des raisons économiques, estime le démographe. Il faut dire qu’on gagne durement sa pitance en Terre promise. Les hommes israéliens bossent en moyenne 20 heures de plus par mois que ceux du Québec, tandis que le salaire annuel brut moyen, pour l’ensemble des travailleurs, atteint à peine 28 680 $, contre 37 000 $ au Québec et 41 700 $ au Canada (données de 2008). De plus, 8 % des salariés cumulent les emplois pour joindre les deux bouts – soit deux fois plus qu’au Québec (4 %). Si l’on ajoute à cela l’insécurité ambiante, choisir de rester relève presque de l’acte de foi.
Le séjour en Israël de Marie-Hélène Proulx a été organisé et payé par le comité Canada-Israël.
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