Dossiers chauds
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Haut les mains

Pourquoi un policier a-t-il abattu le jeune Fredy Villanueva, le 10 août 2008? C’est ce que le coroner Robert Sansfaçon tentera d’éclaircir lors de l’enquête publique qu’il présidera à compter du 25 mai. Afin de savoir comment on prépare les policiers à utiliser leur arme, notre journaliste a suivi une formation à l’École nationale de police (ENP) de Nicolet, l’été dernier.


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 5
mai 2009


Debout face à un écran géant, escarpins aux pieds et robe légère, je tiens un vrai de vrai revolver. Dans ma tête, je suis Nikita – sang-froid, œil vif, geste précis. «Il faut baisser votre pouce, madame, vous allez vous casser un ongle en appuyant sur la détente», me glisse l’instructeur de tir. Ah.

Pour la première fois, un journaliste est invité à suivre un des cours obligatoires donnés aux apprentis policiers de l’ENP : le simulateur de tir. Il s’agit de prétendre être un policier en service alors que défilent devant soi les images d’un film interactif. «L’objectif est de tester le jugement et les réflexes des futurs policiers», explique Bruno Poulin, expert-conseil en emploi de la force.

Avant de me confier un pistolet, Bruno Poulin m’a initiée au «tableau d’emploi de la force», la bible des policiers. Cette grille indique le degré de force recommandé en fonction des gestes posés par le «contrevenant». Cela va de la simple présence de l’uniforme à l’utilisation de l’arme à feu. Entre les deux, il y a le contrôle articulaire, la persuasion verbale, le Taser, le poivre de Cayenne. Le défi est de faire le bon choix dans le feu de l’action.

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Devant moi, donc, une armoire à glace armée d’une grosse carabine menace de liquider un quidam. Faisant appel à mon autorité naturelle, je lui intime de ne pas bouger. Il me répond de me mêler de mes affaires. Mon cœur fait trois tours, j’ai les mains moites. «Lâche ton arme! Lâche ton arme», que je lui crie. Au lieu d’obéir, il me tourne le dos et se dirige vers l’entrée d’un immeuble. Je fige. Je repense à tout ce que l’instructeur m’a appris tout à l’heure. La loi me dit qu’à titre de policier, j’ai le droit d’utiliser la force pour maîtriser un suspect qui résiste, y compris de lui tirer dessus si j’évalue que ma vie ou celle d’une autre personne est en danger. D’un autre côté, je pourrais être tenue criminellement responsable d’avoir employé une force excessive. Bon.

En principe, le policier doit songer aux aspects suivants : y a-t-il imminence de danger? Dégainer mon revolver est-il vraiment mon seul recours? Puis-je tenter d’immobiliser le type autrement, de négocier avec lui, de gagner du temps? Et puis, il m’a tourné le dos. D’un point de vue éthique, puis-je lui tirer dessus? Où dois-je viser pour le neutraliser sans le tuer? Y a-t-il un risque que j’atteigne un innocent en tirant? J’aimerais avoir le temps de penser à tout ça, mais j’ai quelques secondes pour réagir. D’ailleurs, l’instructeur me secoue : «Ben qu’est-ce que t’attends? Tire! Il est armé, il a menacé de tuer quelqu’un!» J’appuie sur la détente, l’adrénaline dans le tapis. Il me semble lui avoir tiré dans les jambes, mais il continue de marcher…

«Ok, on va s’arrêter là», m’annonce l’instructeur, avec un sourire de pitié. L’analyse de mes coups de feu révèle que j’ai tué un curieux qui épiait la scène depuis sa porte-fenêtre.

Pas facile de jouer à la police.


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