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Dossiers chauds

Les assurances collectives, une bonne affaire?

Les travailleurs qui n’ont pas d’assurances collectives rouspètent et les autres déboursent des milliards de dollars pour y avoir droit. Mais à l’usage, certains se demandent si leur chemise d’hôpital ne les couvre pas mieux que leur police d’assurance!

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 5
mai 2009


Quand il a envoyé une mise en demeure à la compagnie d’assurance collective de sa femme, il y a un an, André R. s’est senti comme l’avocat Rudy Baylor dans le film L’Idéaliste, de Francis Ford Coppola.

Dans cette fiction tirée d’un roman de John Grisham, un jeune avocat poursuit un assureur qui refuse d’indemniser un client atteint de leucémie. Il finit par découvrir que la compagnie rejette à peu près toutes les demandes de prestations, misant sur le fait que les assurés n’auront pas les moyens de la traîner en cour.

«Ces compagnies font leurs profits sur le dos des petits», croit André R., qui préfère garder l’anonymat. Pendant 32 ans, sa femme a payé sa prime d’assurance sans jamais rien réclamer. Jusqu’à ce qu’une labyrinthite la force à s’absenter du bureau. Pendant sept semaines, elle a reçu des prestations d’invalidité. Puis, subitement, plus de chèque.

«L’assureur disait que la preuve médicale était insuffisante. Pourtant, elle avait vu deux spécialistes, deux médecins généralistes et passé une batterie de tests pénibles.»

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À bout de nerfs, André R. envoie une mise en demeure à la compagnie d’assurance. Une initiative rentable : sa femme a finalement reçu un chèque de 10 000 $. «Mais nous n’aurions jamais vu la couleur de cet argent si nous avions déposé les armes, comme le font la plupart des gens.»

Les dents longues?

Les accusations de pingrerie de la part de salariés à l’endroit de leur compagnie d’assurance sont vivement contestées par les mis en cause. «Nous versons plus d’un milliard de dollars par semaine aux travailleurs malades du Canada, ainsi qu’à la veuve et l’orphelin, soupire Claude Di Stasio, vice-présidente aux affaires québécoises de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP). C’est injuste de prétendre que nous ne voulons pas payer.»

L’avocate Louise-Hélène Guimond con­firme : le cabinet spécialisé en droit du travail dont elle fait partie, Trudel Nadeau, ferait faillite s’il ne devait compter que sur les plaintes contre les compagnies d’assurance de personnes. «Sauf qu’on entend toujours parler des histoires d’horreur. Or, il y a aussi des contes de fées.» Elle pense notamment à une connaissance atteinte de sclérose en plaques qui tirerait le diable par la queue sans ses prestations.

«Au Canada, les compagnies d’assurance sont gérées correctement, estime Claude Pichet, directeur du programme d’actuariat à l’Université du Québec à Montréal. La majeure partie des primes d’assurance versées par les travailleurs n’a pas le temps de former un magot : elle sert à payer les réclamations au fur et à mesure.» De plus, comme l’assureur doit présenter ses états financiers à son client à la fin de l’année, un certain contrôle des profits s’exerce.

«L'employeur n’a pas envie de voir le montant des primes exploser. «C’est lui qui demande à l’assureur d’être rigoureux dans la gestion des réclamations des employés.»
— Christiane Bourassa, actuaire

C’est la faute au patron

Certes, les compagnies d’assurance ne font pas la charité. C’est même un secteur très lucratif. Mais contrairement à l’idée répandue, ce n’est pas en refusant de payer des indemnités qu’elles se remplissent les poches.

En réalité, une compagnie d’assurance offrant des assurances collectives gère un fonds, auquel contribuent employeurs et employés – fonds qui sert à pallier les pertes de revenu ou les dépenses imprévues des travailleurs malchanceux.

Bien entendu, elle ne rend pas ce service gratuitement. Ainsi, si des employés lui confient 100 000 $, elle se gardera, disons, 10 000 $ pour couvrir les frais d’exploitation et faire du profit. Par contre, si les employés font des réclamations à hauteur de 100 000 $ ou plus pendant l’année, l’assureur est privé de son revenu. Il augmentera donc ses primes l’année suivante afin de le récupérer.

Et c’est là que ça se corse. Car l’employeur n’a pas envie de voir le montant des primes exploser. «C’est lui qui demande à l’assureur d’être rigoureux dans la gestion des réclamations des employés», explique Christiane Bourassa, actuaire pour la firme de services professionnels Towers Perrin, à Montréal.

«Si un contrat négocié avec une entreprise stipule que nous ne pouvons pas rembourser un traitement de canal, je dois le respecter, même si ça choque l’employé qui vient de donner 1 000 $ au dentiste», explique Stéphane Rochon, vice-président aux ventes et marketing à la compagnie mutuelle d’assurance vie La Survivance.

Et l’employé de rétorquer, plus souvent qu’à son tour : «Coudonc, ma prime, je la paye-tu pour rien?»

Perdus dans la paperasse?

Les assurés confus ou frustrés trouveront une oreille attentive au Service de conciliation des assurances de personnes du Canada, un organisme indépendant de l’industrie qui aide les consommateurs à formuler une plainte auprès de leur compagnie d’assurance et qui peut intervenir pour régler un litige. En 2007 seulement, les conseillers de ce service ont traité 37 000 demandes de renseignement et d’assistance!

www.scapc.ca


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