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À la une - Israël

Deux solitudes

Les querelles violentes d’Israël avec ses voisins créent aussi de l’hostilité à la maison. Les Juifs et les Arabes de «48», comme on appelle ceux qui sont restés dans les frontières de l’État d’Israël après sa création, sont parfois à couteaux tirés. Y compris dans les tours à bureaux.

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 5
mai 2009


Bijou construit sur les flancs du mont Carmel, baignée dans le bleu Méditerranée, la ville d’Haïfa est citée depuis longtemps en exemple pour le bon voisinage de ses communautés juive et arabe. «Comme tout le monde parle hébreu, on ne sait plus qui est quoi et ça n’a pas d’importance», dit Mazal Renford, dont les enfants ont toujours joué avec des petits copains arabes.

Pourtant, quand des kamikazes palestiniens ont semé la mort à quatre reprises dans la ville, dans les années 2002-2003, les commerces arabes, habituellement fort achalandés, se sont vidés d’un coup. «Les Juifs ne leur achetaient plus rien pour les punir», se souvient Annie Zerbib, une autre résidente. En même temps, des Arabes israéliens saccageaient voitures et feux de circulation par solidarité vis-à-vis des Palestiniens.

À Jérusalem, l’économiste Jacques Bendelac a été témoin d’agressions physiques commises par des Juifs envers des Arabes israéliens, dont la seule faute avait été d’emprunter le même trottoir. «Chaque fois qu’il y avait un attentat, les travailleurs arabes se dépêchaient de quitter leur bureau et de rentrer chez eux, de peur d’être pris à partie par la population juive. Le climat devenait très tendu», dit l’auteur de l’ouvrage Les Arabes d’Israël (Éditions Autrement, 2008).

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Paranoïa

Si cet embrasement a fini par s’éteindre, une forme encore plus perverse de violence s’est installée avec la montée des mouvements extrémistes, estime Eran Halperin, expert en psychologie politique à la Lauder School of Government, Diplomacy and Strategy. «Je m’inquiète particulièrement de la popularité du parti Israel Bettenu, qui signifie “Israël, notre maison”. Sa plate­forme propose de priver les Arabes israéliens de leur citoyenneté! Or, ce parti a remporté 15 sièges aux élections du 10 février dernier, ce qui en fait la troisième organisation politique en importance au Parlement…»

Comment expliquer cet engouement? «Les attaques terroristes ébranlent le besoin fondamental de se sentir en sécurité, observe Eran Halperin. Afin de se protéger, certains Juifs adoptent une attitude de méfiance, voire de paranoïa, à l’endroit des Arabes israéliens, qu’ils soupçonnent de collaborer avec les Palestiniens.»

«Contrairement au Canada, où une minorité comme les francophones jouit du même statut que les anglophones, Israël traite les Arabes en citoyens de seconde classe», soutient pour sa part Nadim N. Rouhana, professeur en négociation internationale et en étude des conflits à l’École de droit et de diplomatie Fletcher de l’Université Tufts, aux États-Unis. «Les Juifs remettent en question jusqu’au droit des Arabes israéliens de vivre à leurs côtés, et ce, même s’ils sont le peuple indigène.»

Au bas de l’échelle

Le marché du travail est un miroir des tensions politiques entre les deux ethnies. Ainsi, les Arabes israéliens ne peuvent travailler dans les entreprises liées à l’industrie de la défense ou de la sécurité. «Bien sûr, aucune offre d’emploi ne mentionne expli­citement : “pas de candidat arabe”, dit David de Vries, spécialiste de l’histoire du travail en Israël. Mais on exige que les postulants aient fait leur service militaire.»

Or, à l’exception des Bédouins et des Druzes, les Arabes israéliens sont exemptés de l’armée en raison de leurs origines palestiniennes. «Le ministère de la Défense et les entreprises liées à l’armement ou à la sécurité civile craignent que les Arabes ne divulguent des secrets militaires aux Palestiniens du Hamas, par exemple», précise l’historien.

Cette discrimination se voit aussi dans l’ensemble du marché du travail, observe Jacques Bendelac. «Les Arabes israéliens sont sous-représentés dans la fonction publique, accèdent difficilement à des postes de direction dans les entreprises privées et ont du mal à trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences», dit-il (voir encadré Déséquilibre).

Ainsi, plus de 60 % des Arabes ayant acquis une profession libérale ou technique, et 40 % de ceux ayant un diplôme universitaire, se retrouvent dans l’enseignement à défaut d’avoir trouvé un job dans une entreprise privée. «C’est qu’à compétences égales, les employeurs ont tendance à favoriser le Juif plutôt que l’Arabe», ajoute l’économiste.

Ceci dit, les Arabes israéliens sont beaucoup moins scolarisés que les Juifs : chez les plus de 15 ans, 80 % n’ont qu’un diplôme primaire ou secondaire! Cette proportion tombe à 54 % chez les Juifs.

L’éducation n’est pas assez valorisée dans les communautés arabes israéliennes, constate Jacques Bendelac. «Leur réseau scolaire, qui ne compte aucune université, ne transmet que des connaissances générales et ne prépare pas les jeunes aux compétences industrielles et technologiques exigées par le monde du travail moderne.»

Ceux qui veulent se spécialiser doivent donc fréquenter les universités juives. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, pense toutefois Eran Halperin, un spécialiste de la psychologie politique qui a déjà enseigné à l’Université d’Haïfa, où 30 % de la population étudiante est arabe.

«Les classes sont des lieux de ren­contre forcés entre les deux communautés, dit-il. Les étudiants ont enfin l’occasion d’échanger leurs pensées et leurs sentiments par rapport aux conflits. Cela ne se fait pas sans heurt : j’ai vu des étudiants s’emporter et pleurer à l’occasion de discussions en classe. Mais ils se parlent et des liens se créent.»

Le séjour en Israël de Marie-Hélène Proulx a été organisé et payé par le comité Canada-Israël.

Déséquilibre
• Le taux de chômage chez les Arabes israéliens est de 12 %, soit le double de la moyenne nationale, autour de 6 %.
• Seuls 2 % des Arabes israéliens occupent une fonction de cadre de direction, contre 10 % de Juifs.
• Parmi les fonctionnaires israéliens, 8 % sont des Arabes, alors qu’ils représentent 20 % de la population.
• Environ 15 % des Arabes israéliens travaillent comme ouvriers non spécialisés, contre 7 % de Juifs.


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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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