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Dossiers chauds

Enseignants faussement accusés (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009

Revoir la procédure

Professeur dans une école primaire, Michel (nom fictif) a été soupçonné d’avoir touché une jeune fille de 12 ans à qui il avait déjà enseigné. «Lors d’une activité avec la psychoéducatrice de l’école, les élèves étaient invités à partager certaines expériences vécues en dehors de l’école, raconte-t-il. C’est là que la jeune fille aurait insinué que je lui avais déjà donné un bec sur le front et posé une main sur une cuisse.» Alertée, la psychoéducatrice a contacté la Direction de la protection de la jeunesse.

Michel reconnaît être une personne affec­tueuse, mais réfute toute déviance sexuelle. «Cette enfant était une amie de la famille et je la voyais en dehors de l’école. Mon fils était du même âge. Forcément, j’étais plus près d’elle, mais je n’avais jamais été déplacé ou eu des intentions cachées.» L’enseignant a été suspendu pendant deux mois, jusqu’à ce que l’enquête policière le blanchisse. «Interrogée, la jeune fille a carrément nié tout attouchement ou geste déplacé, dit-il. Mais pour moi, le mal était déjà fait…»

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Pour mieux protéger les enseignants, la FSE demande au gouvernement québécois de revoir la procédure entourant les plaintes déposées contre les professeurs. Ce souhait est partagé par les directeurs généraux des commissions scolaires des régions Saguenay–Lac-Saint-Jean et Chaudière-Appalaches, qui ont récemment dû composer avec des cas fortement médiatisés. Pour le moment, Québec n’a émis qu’un accusé de réception.

La procédure en question découle d’une entente dite multisectorielle conclue en 2001. Elle engage cinq ministères (Santé et Services sociaux; Justice; Sécurité publique; Éducation, Sport et Loisir; Famille et Aînés), ainsi que les commissions scolaires, les établissements d’enseignement et les services de police à travailler de façon concertée. L’entente stipule que tout professionnel, employé d’un établissement, enseignant ou policier «ayant un motif raisonnable de croire que la sécurité ou le développement d’un enfant sont ou peuvent être considérés comme compromis a l’obligation de signaler sans délai la situation au directeur de la protection de la jeunesse».

Malheureusement, il arrive que l’entente soit interprétée un peu trop au pied de la lettre, croit Andrée Turbide, présidente du Syndicat de l’enseignement des Deux Rives, affilié à la FSE et à la CSQ. «Si un professeur utilise un contact phy­sique pour exercer son autorité, par exemple, il ne compromet pas l’intégrité et le développement de l’enfant [voir encadré]. Il ne faut pas interpréter l’entente comme une obligation de tout signaler, sans discernement.»

François Paquet, premier vice-président de la Fédération des comités de parents du Québec, croit pour sa part que les parents devraient être mieux informés. «C’est important qu’ils puissent entrer en contact avec l’enseignant et la direction de l’école avant de porter plainte, car l’enfant ne leur a peut-être pas tout dit.»

Soutenir l’enseignant

En attendant, cette confusion a des conséquences fâcheuses pour la majorité des profs, qui n’a rien à se reprocher. «Les enseignants hésitent à poser des gestes d’affection ou d’autorité, de crainte d’être faussement accusés», explique France Lapierre, présidente du Syndicat de l’enseignement de Louis-Hémon, affilié à la FSE et à la CSQ.

«Notre syndicat leur suggère notamment d’éviter tout contact physique avec les élèves, de ne jamais se retrouver seuls avec l’un d’eux et d’aviser la direction dès qu’une situation ambiguë se produit ou crée un malaise», ajoute-t-elle.

La présidente de la FSE, Manon Bernard, souhaite donc que la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, envoie un message clair sur le rôle de l’enseignant aux commissions scolaires, directeurs d’école, parents, etc. «D’un côté, on accuse les professeurs de faire preuve de laxisme en classe, déplore-t-elle. Mais d’un autre côté, quand ils interviennent auprès d’un élève, ils s’exposent à une poursuite au criminel. On souhaite être davantage soutenus pour exercer notre autorité.»

France Lapierre, elle, voudrait que les directions d’école et les commissions scolaires disent clairement quels gestes elles sont prêtes à accepter ou pas des enseignants.


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