Le manque d’effectif rend le métier d’infirmière plus risqué, rapporte une étude de Statistique Canada. Les politiques gouvernementales de compressions budgétaires nuisent-elles à la santé de notre personnel soignant?

Les infirmières canadiennes n’ont pas juste les «bleus», elles ont aussi des bleus : en 2005, 34 % des infirmières prodiguant des soins directs dans un hôpital ou un établissement de soins de longue durée se sont dites victimes d’agressions physiques de la part d’un patient. La violence psychologique, elle, atteignait 47 %.
C’est ce que rapporte une vaste enquête de Statistique Canada sur les conditions de travail du personnel infirmier, menée pour la première fois en 2005 et dévoilée en avril dernier.
Au Québec, sur nos quelque 70 000 infirmières, 31 % faisaient état de violence physique, et 37,5 % de violence psychologique.
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L’étude souligne certains facteurs de risque. Au Canada, la moitié du personnel travaillant en gériatrie/soins de longue durée s’est dite victime de violences. Cette proportion est de 47 % en soins palliatifs, 44 % en psychiatrie/santé mentale, 44 % en soins intensifs et 42 % au service d’urgence. Les infirmières travaillant la nuit ou pendant des périodes de 12 heures ont également rapporté plus d’agressions.
Pour expliquer cette situation, les infirmières sondées blâment principalement le manque de ressources ou de personnel permettant d’effectuer correctement leur travail.
À l’Université du Québec à Trois-Rivières, Michèle Côté, directrice du Département des sciences infirmières, croit même que la violence est probablement plus répandue que ce que rapporte l’étude. «Au Québec, il y a une sorte d’omerta sur la question, dit-elle. On dénonce beaucoup plus facilement en Angleterre, par exemple.»
Du côté de l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales, qui offre aux infirmières des formations contre les situations à risque, on note un autre phénomène. «Une bonne partie de ces agressions proviennent de personnes âgées», souligne Marie-Josée Robitaille, adjointe à la direction générale.
Cette clientèle risque de tordre un doigt, d’égratigner, de mordre, etc. «Ce sont des réactions de gens qui se sentent vulnérables ou confus. Parfois, c’est aussi un signe de démence», dit Marie-Josée Robitaille.
L’Université du Québec à Trois-Rivières ajoutera peut-être des heures à son cursus pour mieux former les infirmières à ces risques de la profession. «Mais le programme est déjà très chargé», dit Michèle Côté.
Pourtant, la situation risque de s’aggraver avec l’actuelle pénurie de personnel et le vieillissement de la population. Selon l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, 15 000 infirmières de 50 ans et plus ont l’intention de prendre leur retraite d’ici à 3 ans. Et ça, c’est quatre fois plus qu’en 1997.