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Qui est Éric Asselin? Une bonne âme piégée au cœur d’une histoire insensée comme il le clame, ou un larron qui sait toujours saisir l’occasion? Quoi qu’il en soit, le rôle joué par cet ancien inspecteur à la CVMQ dans la fraude de Norbourg est assez important pour qu’Asselin soit aujourd’hui le principal délateur dans l’affaire. Grâce à cette nouvelle affectation professionnelle, il a obtenu l’immunité criminelle, pénale et civile. C’est un peu moins que le million de dollars et le job à vie dans la fonction publique fédérale qu’il exigeait en échange de ses confessions, mais encore mieux que le banc des accusés.
La collaboration entre Vincent Lacroix et l’inspecteur remonte à mars 2001. Asselin, comptable général accrédité de formation, surveillait alors pour la CVMQ une firme de fonds communs de placement en difficulté. Lacroix voulait s’en porter acquéreur afin que Norbourg puisse à la fois profiter de ce lucratif marché et obtenir la licence de gestionnaire de fonds communs que détenait la firme. Finalement, Lacroix n’a pu racheter la firme en difficulté, mais il a quand même obtenu une licence de gestionnaire de fonds communs auprès de la CVMQ, grâce aux interventions d’Asselin.
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Malheureux dans son job de fonctionnaire, Éric Asselin recevait l’automne suivant une invitation de Lacroix à entrer au service de Norbourg, ce qu’il a fait officiellement en mars 2002. Mais avant de faire le saut, il a pris soin de réclamer un boni de signature de 120 000 $ sous forme de traite bancaire, alors qu’il était toujours employé de la CVMQ et responsable des dossiers de Norbourg auprès de l’organisme réglementaire. Le mode de versement de ce boni s’est révélé plutôt singulier : retrait des comptes de Norbourg, puis dépôt dans le compte personnel de Vincent Lacroix, puis traite bancaire remise à l’inspecteur. Ainsi, Éric Asselin n’apparaissait pas officiellement sur le payroll de Norbourg. Une opération qui pouvait ressembler davantage à un prêt qu’au paiement d’un revenu imposable. Précisons : avant d’œuvrer à la CVMQ, Asselin était enquêteur à Revenu Québec.
Nommé vice-président aux finances de Norbourg, un poste qu’il a occupé jusqu’en février 2005 (même s’il était déjà en pourparlers avec la GRC depuis novembre 2004), il a été rémunéré 60 000 $ par année, en plus d’avoir encaissé deux bonis de 120 000 $ chacun. Après sa démission, Norbourg a aussi versé 830 000 $ à la firme de consultants qu’il a créée, pour des services rendus entre février et août 2005.
Les huissiers chargés de retracer les restes de Norbourg ont saisi l’été dernier 115 000 $ en argent liquide dans un coffret de sûreté inscrit au nom de la mère d’Éric Asselin. Plusieurs billets étaient salis par de la terre, laissant croire que le magot ait pu côtoyer quelques racines de pissenlits dans la cour arrière de sa résidence de Beauport durant une certaine période, avant de prendre le chemin de la banque.
Lui et Vincent Lacroix sont désormais en froid.
Jeune, sans diplôme mais plein d’ambition, de débrouillardise et d’intelligence, le cousin de Vincent Lacroix (il est le fils de Robert Simoneau – voir Les incorruptibles) s’est joint à Norbourg tout au début de l’aventure, en 1998. Aux yeux du patron, il avait un atout de taille dans son jeu : un drop-out, ça ne coûte pas cher à l’entreprise. Peu à peu, il est devenu l’un des plus intimes partenaires de la fraude : c’est lui qui transmettait les instructions de Vincent Lacroix au gardien de valeurs Northern Trust, l’institution chargée de veiller à la protection des placements des petits épargnants dans Norbourg, mais qui fut facilement bernée. Son talent d’autodidacte lui permettait de produire des rapports fictifs dans lesquels il blanchissait les activités financières de Norbourg.
Dire qu’il en connaît un rayon sur les us et coutumes de Norbourg est un euphémisme. C’est pour cette raison que la GRC a réussi à le recruter dans son équipe de délateurs, en échange de l’immunité complète. Reconnaissant, David Simoneau a offert son entière collaboration aux autorités.