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À la Une - Le Québec en 2020

Des appellations d'origine québécoises

En 2020… Les gourmets de la planète ont une nouvelle destination culinaire : le Québec. Les magazines pour foodies ne tarissent plus d’éloges sur des produits comme l’agneau de Charlevoix, le cidre de Montérégie ou le fromage des Îles-de-la-Madeleine, que la prestigieuse étiquette Appellation d’origine a contribué à mettre sur la carte du monde gastronomique.

par Patrick Bellerose




Qui propose l’idée?

Même si le Québec possède une loi sur les appellations réservées et les termes valorisants depuis 2008, aucun produit d’ici n’a encore été homologué sous le terme Appellation d’origine, comme c’est le cas outre-Atlantique avec les vins de Bordeaux, les cognacs, les volailles de Bresse ou les taureaux de Camargue.

«Il faut du temps pour que les groupes de producteurs s’entendent sur les spécificités de leurs produits», explique Baudouin Niogret, agent de projet au Conseil des appellations réservées et des termes valorisants, l’organisme gouvernemental qui assure l’application de la loi. Pour obtenir la mention Appellation d’origine (AO), les éleveurs ou les agriculteurs doivent établir la région couverte par l’appellation, l’historique du produit, le processus de production et de transformation, etc. Pour le moment, seul l’agneau de Charlevoix est protégé selon une appellation territoriale nommée Indication géographique protégée (IGP). Beaucoup moins contraignante que l’appellation d’origine, celle-ci ne garantit que la provenance géographique.

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Pourquoi devrait-on le faire?

«Les appellations contrôlées représentent un énorme potentiel commercial», croit Patrice Resther, président du cabinet-conseil Haussmann, spécialisé notamment en marketing alimentaire. Il estime que des produits québécois ainsi étiquetés pourraient être reconnus à travers le monde, particulièrement les spécialités plus ou moins uniques au Québec.

On peut penser au cidre de glace et au sirop d’érable, mais aussi au bœuf VitaliPré d’Abitibi-Témiscamingue, à la canneberge, à la chicoutai ou aux prunes de Damas de Saint-André de Kamouraska.

Cherkaoui Ferdous, secrétaire général de Solidarité rurale du Québec, cite en exemple les vins de la péninsule du Niagara, dont l’appellation est régie par un organisme provincial, VQA Ontario. «En 20 ans, ils ont acquis une répu­tation internationale et la région attire bon nombre de touristes culinaires.»

Et qui dit tourisme, dit emplois. «Il n’y a que 6,4 % des ruraux qui vivent de l’agriculture», rappelle Cherkaoui Ferdous. Des emplois connexes pourraient être créés dans les services et la vente. De grandes tables pourraient aussi naître en région et se qualifier pour obtenir un macaron du guide Michelin, distinction suprême pour un restaurant, mais actuellement inexistante au Québec.

Pour les producteurs, cela signifierait des revenus supplémentaires importants. Il est impossible de chiffrer précisément les bénéfices qui en découleraient, mais les intervenants font le parallèle avec les appellations biologiques, qui connaissent une croissance d’environ 15 % chaque année, alors que la valeur de la production du porc, par exemple, baisse sans arrêt. Au total, les produits de niche (ou artisanaux) représentent des revenus annuels d’un milliard de dollars au Québec. Et ils constituent le seul secteur en croissance en agroalimentaire, rappelle Cherkaoui Ferdous.

Combien ça coûterait?

Obtenir une appellation contrôlée coûte relativement cher, dit Patrice Resther : de 50 000 $ à plus de 100 000 $ pour l’ensemble des producteurs impliqués dans une AO, si on calcule les études de marché, les démarches auprès du gouvernement, le recours à des experts-conseils, etc. Ainsi, pour l’agneau de Charlevoix, seules sept entreprises ont obtenu l’appellation IGP.

«Ce n’est pas si coûteux pour une grande entreprise, dit-il. Mais les produits du terroir sont souvent le fait de petits artisans pour qui ces sommes peuvent être élevées.» De plus, il faut payer pour des campagnes de marketing.

Est-ce réalisable?

Les becs fins devront patienter avant de pouvoir déguster des produits québécois arborant le sceau AO. Le processus pour l’obtenir est complexe et peut prendre plusieurs années, dit Patrice Resther. Les producteurs sont souvent réticents à partager leurs méthodes avec la concurrence. De plus, les coûts immédiats d’une telle démarche les rebutent, car ils sont incertains des bénéfices à long terme.

Afin de mettre le processus en branle, le gouvernement pourrait commanditer les premières études de marché pour démontrer la faisabilité économique, croit le consultant.

L’agneau de Charlevoix concurrencera- t-il un jour les grandes spécialités fran­çaises?


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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