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À l’heure où une majorité de Québécois hésitent à ouvrir la porte à l’industrie du gaz de shale, une poignée d’entrepreneurs locaux et de responsables d’établissements d’enseignement se préparent déjà à l’aventure de l’exploitation à grande échelle.
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Un matin de 2004, des ingénieurs de la défunte division Pétrole et Gaz d’Hydro-Québec ont frappé à la porte de Michel Landry, dans la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie. «Ils voulaient louer mon terrain pour y faire du forage, raconte cet ex-entrepreneur en construction de 43 ans. De fil en aiguille, ils ont sollicité mon aide pour diverses tâches.»
À force d’observer les besoins de la compagnie pétrolière albertaine qui prêtait alors main-forte à Hydro-Québec, Michel Landry a eu l’idée de créer sa propre entreprise d’équipement et de transport spécialisés pour cette industrie : Foraction Service Entreprise. Il s’est installé à Drummondville en 2005, à proximité des compagnies qui explorent le bassin sédimentaire Utica. «Je réponds à toutes leurs demandes, de la roulotte de chantier habitable aux réservoirs où la boue de forage est entreposée.»
Michel Landry a investi une petite fortune dans son affaire. Aussi, il souhaite que l’exploitation des gaz shalifères aille de l’avant au Québec, à l’instar de la quinzaine de fournisseurs de biens et de services membres du lobby qu’il a créé en octobre, le Mouvement d’appui au gaz de shale (MAGS). «Je serais même heureux d’avoir de la compétition!», dit-il.
Mario Lévesque, un Gaspésien de Maria, est lui aussi emballé. Depuis deux ans, il travaille 14 heures par jour à bâtir Seismotion, une entreprise d’acquisition de droits de passage sur les sites d’exploration gazière. «Les gaz de shale, c’est le prochain gros créneau économique au Québec», dit celui qui s’intéresse au secteur depuis 2004. Il a déjà 10 employés et compte en embaucher 40 de plus d’ici un an.
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Le déploiement de l’industrie gazière donne aux entrepreneurs locaux des occasions en or. À Dawson Creek, une petite ville du nord de la Colombie-Britannique où la compagnie gazière texane Spectra Energy a fixé ses pénates, la population a grimpé de 12 % (sans compter les travailleurs temporaires qui y logent). Six hôtels ont été érigés et un aréna flambant neuf est prêt à accueillir les hockeyeurs. Un bataillon de camionneurs, de soudeurs et d’électriciens, pour ne nommer qu’eux, sont sollicités sur les puits.
Au Québec, comme les compagnies ne font encore que de l’exploration, les répercussions économiques sont beaucoup plus modestes, selon des propriétaires d’entreprise et les maires de municipalités touchées par l’activité gazière telles que La Présentation, Fortierville et Sainte-Gertrude.
«Tout au plus, depuis 2009, la mise en place des puits aura permis à des travailleurs locaux d’obtenir de petits contrats de soudure, de transport et d’ouverture de routes», dit Maurice Richard, préfet de la MRC de Bécancour. «À ma connaissance, aucune entreprise n’a cependant dû embaucher de nouveaux employés.»
Roland Lequerre, un entrepreneur en excavation à Parisville, près de Bécancour, a transporté du sable l’hiver dernier pour la compagnie albertaine Talisman jusqu’au puits de Fortierville, un village voisin. Il recommencerait n’importe quand. «Ces gars-là travaillent proprement, ils sont polis et ils paient bien : 175 000 dollars en deux semaines de travail!»