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Pourquoi le Québec?

Nadia Zouaoui : Une femme libre

Nadia s’estime gâtée au Québec, terre d’accueil qui lui a permis de devenir une journaliste à succès, une mère comblée et une femme libre, en dépit des obstacles de l’immigration.

par Hassan Serraji




UN DOUBLE DEUIL

Parlez-nous de votre arrivée au Québec.
Jeune mariée, j’ai débarqué brusquement au centre-ville de Montréal, en provenance de Tazmalt, mon petit village natal en Kabylie. J’ai dû subir, coup sur coup, deux deuils : le déchirement de la séparation avec ma famille et l’immigration. Néanmoins, ma première sortie sur le Mont-Royal, qui est devenu ma Mecque par la suite, m’a procuré un sentiment incroyable de liberté. Je jubilais carrément et goûtais avec délectation au plaisir nouveau, jadis défendu, d’être une femme qui marche seule dans la forêt en toute quiétude et sécurité.

Qu’avez-vous fait en arrivant?
Par instinct, j’ai décidé de m’émanciper. La première des choses que j’ai voulu réaliser, c’était d’entamer une formation. Un jour, en marchant sur la rue Sherbrooke, j’ai vu l’enseigne de l’Université McGill, j’y suis entrée pour m’enquérir des possibilités de formation. Deux sessions plus tard, j’étais riche d’un certificat en langue anglaise. Après, j’ai voulu suivre une formation en journalisme.

Pourquoi le journalisme?
Je voulais prendre la parole, car, en tant que femme, on me l’avait interdit depuis ma naissance! J’ai été acceptée en journalisme à l’Université Concordia, mais le destin m’a menée ailleurs.

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L’EUPHORIE ET LE CHOC

Pourquoi ces sentiments contraires?
J’ai soudainement eu envie d’apprendre et de maîtriser le français, la langue officielle du Québec. J’ai donc entamé un baccalauréat en littérature française à l’Université de Montréal. Je n’ai jamais regretté ce choix, car il m’a permis de vivre une immersion complète dans la culture québécoise. J’ai eu la chance de comprendre le Québec profond, les années noires de Duplessis, la Révolution tranquille, etc.

Mais j’ai eu aussi à subir mon premier choc : une dissertation sur L’Aquarium, livre de Jacques Godbout, m’a valu la note zéro! Lorsque j’ai voulu comprendre pourquoi, je n’ai obtenu que cette réponse cinglante : «Tu ne peux pas comprendre, car tu n’es pas née ici!» Ce choc m’a montré que certaines personnes, même les plus éduquées, font preuve d’une fermeture d’esprit insensée.

L’INTÉGRATION PAR L’EMPLOI

Comment êtes-vous finalement devenue journaliste?
À l’Université, je collaborais déjà à la radio du campus en coanimant une émission d’affaires publiques. Après mon baccalauréat, j’ai suivi une formation en télé et radio tout en collaborant à la radio de CIBL. J’ai ensuite participé au premier téléjournal de Vidéotron, avant de réussir le concours des minorités visibles de Radio-Canada pour devenir recherchiste à l’émission Montréal Express.

Et c’était le début d’une longue expérience professionnelle?
Au milieu des années 1990, c’était très dur pour une immigrante. Les Québécois venaient de refuser pour la seconde fois, par référendum, que leur province devienne un état souverain. Par ailleurs, Radio-Canada licenciait beaucoup. J’ai donc dû me résoudre à travailler comme pigiste. Ma connaissance de l’actualité internationale et de la langue et de la culture arabes m’a aidée à faire ma place. J’ai gagné la bourse Nord-Sud de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Ce prix m’a ouvert les portes de la radio à Radio-Canada, à la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) et, plus récemment, à Radio-Canada International (RCI). Polyvalente, j’ai appris à côtoyer les trois solitudes au Québec : les anglophones, les francophones et les immigrants! Cela m’a enrichie et a fait de moi une journaliste très privilégiée avec un recul qui me permet de voir les choses autrement.

LA LIBERTÉ DES FEMMES

Qu’est le Québec, pour vous?
Le Québec est devenu ma seconde patrie, celle qui m’a permis de devenir une femme qui assume sa liberté et sa diversité dans la sérénité au quotidien.

Si vous aviez une seule bonne raison de rester au Québec, ce serait laquelle?
La liberté des femmes. Ici, je m’épanouis à travers mes idées et mes réalisations. Ici, on arrive à se libérer du joug du patriarcat et des qu’en-dira-t-on qui nous font perdre tant de temps et d’énergie dans nos pays d’origine. Ici, j’ai eu la chance de reconstruire ma vie comme un puzzle dont j’ai imaginé, dessiné et conçu toutes les pièces, avec mon cœur et mes mains.


Nadia Zouaoui est une Canadienne d’origine algérienne titulaire d’un baccalauréat en communication et littérature française de l’Université de Montréal, d’un diplôme d’animation radio et télé de l’école Promédia à Montréal et d’un certificat en études anglaises de l’Université McGill.

En 15 ans comme journaliste radio et télé, elle a cumulé plusieurs prix et reconnaissances du milieu comme le Prix Gémeaux, en 2007, pour Le Voyage de Nadia, un documentaire sur la souffrance silencieuse des femmes en Algérie. Elle est aussi l’une des rares Québécoises à avoir gagné le Prix du FIGRA (Festival international du grand reportage d’actualité et du documentaire de société) en France.


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