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Suisse

CHEESE!

Au paradis du gruyère, de plus en plus d’entreprises fonctionnent en anglais sans que les travailleurs s’en formalisent. Du reception desk au back shop, les Suisses se mettent à l’heure des Américains.

par Marie-Hélène Proulx
Photo : Yannick Coulon


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 6
juin-juillet 2006


Joël Broc occupe un poste de Key Account Manager au siège genevois de Iomega, une multinationale américaine spécialisée en informatique. Quatre-vingt-cinq pour cent des employés du bureau parlent français, qui est d’ailleurs la langue d’usage dans le canton de Genève. Pourtant, l’anglais domine les échanges.

En réunion, il s’agit qu’un seul employé parle peu le français pour que tous adoptent l’anglais. «Pas tant par obligation, précise Joël Broc, que par courtoisie… et par habitude!» Idem pour les courriels. «On écrit en anglais dès qu’un employé non francophone doit recevoir le message. Mais des collègues finissent par écrire en anglais même quand ce n’est pas nécessaire.»

Personne ne se plaint de la situation. Comme la compagnie Iomega est dirigée par des Américains, les employés s’attendent à devoir s’exprimer en anglais. «C’est accepté sans problème. Ça fait partie de la culture d’entreprise», dit Joël Broc.

Va pour les multinationales… Que dire alors de ces sociétés suisses où l’usage de l’anglais n’est pas requis, mais qui y puisent quand même à pleines mains? C’est le cas de l’entreprise pour laquelle travaillait Monique, une jeune retraitée de la région de Cossonay. «Les cadres de l’entreprise appréciaient la multiplication des titres hiérarchiques en anglais. Mais comme de nombreux employés n’avaient qu’une connaissance limitée de l’anglais, personne ne savait vraiment de quoi ces cadres étaient responsables!

«Aussi, poursuit-elle, à l’occasion du remaniement de services, nous avons vu fleurir des dénominations comme call center, back office… Était-ce plus glorieux que téléphoniste ou service des archives?» De quoi faire frémir les gardiens de l’Office québécois de la langue française…

Libre comme l’air

En Suisse, environ 73 % de la population parle l’allemand et le suisse allemand, qui se décline en une vingtaine de dialectes, alors qu’autour de 20 % des citoyens sont francophones (les Romands). Le reste est constitué d’italophones (6,5 %) et de romanches (0,5 %), une langue rétho-romane. Chacun des 26 cantons – l’équivalent de nos provinces – a la liberté et l’obligation de choisir sa ou ses langues officielles.

Contrairement au Québec, où la Charte de la langue française oblige les entreprises à faire du français «la langue d’usage normale et habituelle du travail», ce pays ne s’est doté d’aucune politique linguistique en entreprise. Les employeurs peuvent fonctionner dans la langue de leur choix. Seuls les fonctionnaires des administrations cantonales et fédérales sont tenus de servir les citoyens dans les quatre langues officielles de la Confédération.

On ne s’étonnera donc pas que l’anglais fleurisse dans les organisations. «En particulier dans les multinationales, précise la linguiste Claudine Brohy, de l’Université de Fribourg. C’est surtout marqué dans les secteurs de la finance, de l’informatique, de l’assurance et de la chimie. Toutefois, les PME, qui constituent environ 80 % du tissu économique suisse, utilisent très peu l’anglais.»

Selon une étude suisse sur les langues au travail parue en 2005, la plupart des 2 176 compagnies sondées prévoient que la «langue des affaires» gagnera du terrain, globalisation oblige.

«Il faut savoir que les étrangers représentent 20 % de la population helvétique et que certaines entreprises emploient 50 % de non-Suisses, explique Claudine Brohy. Ainsi, l’anglais s’impose comme langue commune afin que Chinois, Allemands et Japonais se comprennent.»


guide de survie

Quelle serait la pire gaffe lors d’un party de bureau?









Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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