Oubliez le cliché du Mexicain qui fait dodo le sombrero sur le nez. La globalisation mène la vie dure aux habitants du Mexique et plusieurs d’entre eux collectionnent les gagne-pain pour joindre les deux bouts.

Juvencio Mendoza Lara, 46 ans, habite Mexico. Après avoir perdu son emploi à la suite de la fusion de la banque où il travaillait, ce diplômé universitaire en administration a trouvé un poste de représentant chez un fabricant de produits électroniques. Durant sa pause de deux heures le midi, il saute dans sa voiture pour se métamorphoser en chauffeur de taxi. Même chose le soir après le travail, et les week-ends…
«Il n’est pas rare de voir des Mexicains cumuler deux ou trois emplois», affirme Marie-France Labrecque, professeure au Département d’anthropologie de l’Université Laval et spécialiste des changements sociaux au Mexique. Selon elle, près de 20 millions de travailleurs mexicains — soit environ le cinquième de la population du pays — baignent dans une extrême pauvreté.
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En 2001, les données de l’Institut national de la statistique du Mexique révélaient que 10 % des travailleurs gagnaient moins que le salaire minimum de 3,50 $ US par jour même s’ils travaillaient plus de 48 heures par semaine. Dans les villes mexicaines, les rues sont pleines de ce que les experts appellent «les travailleurs du secteur urbain non structuré» : cireurs de chaussures, marchands de fruits, de laits fouettés et autres vendeurs de bricoles. À Mexico, ils campent leur petit kiosque à proximité d’une station de métro ou arpentent les rues en proposant leurs produits aux passants. Pour certains, il s’agit d’un revenu d’appoint. Pour d’autres, c’est le revenu principal.
«La situation de l’emploi au Mexique fait en sorte qu’il est plus facile pour un travailleur non qualifié d’avoir un revenu décent lorsqu’il est son propre patron», explique Yannick Noiseux, chercheur au Département de sociologie à l’UQAM, qui vient de terminer son mémoire de maîtrise sur le secteur urbain non structuré mexicain. «Certains travailleurs itinérants peuvent même gagner jusqu’à 21 % de plus que le salaire minimum!»
«Contrairement aux prévisions, le nombre des travailleurs du secteur urbain non structuré a augmenté ces dernières années. Il est difficile de conclure que l’ALENA est responsable de cette hausse, mais on doit constater qu’elle s’est produite au même moment», dit Yannick Noiseux. Selon l’OCDE, 44 % des emplois à Mexico se trouvent maintenant dans ce secteur, qui représente près du tiers du produit intérieur brut mexicain!
Dans les régions rurales, la situation n’est guère plus encourageante. Pour pouvoir adhérer au traité de libre-échange, le Mexique a dû s’engager à cesser ses subventions à l’agriculture nationale. Résultat : il est devenu moins cher pour les Mexicains d’acheter le maïs et les haricots importés des États-Unis et vendus au marché que de les cultiver eux-mêmes, a constaté Marie-France Labrecque au cours de ses recherches. Les producteurs locaux se trouvent privés de débouchés puisque la concurrence étrangère est plus vive.
Pour un million de Mexicains, la solution réside au nord, juste avant le passage de la frontière américaine. Là se trouvent les fameuses maquiladoras, ces usines américaines établies au Mexique pour sa main-d’œuvre bon marché. Avec un salaire de 6 $ US par jour et une assurance-santé fournie par l’employeur, ces entreprises proposent des conditions alléchantes, notamment pour les paysans. Pourtant, on y traite moins bien les travailleurs que dans d’autres grandes industries du pays, souligne Yannick Noiseux. «Les gouvernements locaux sont souvent prêts à faire des compromis quant aux conditions de travail afin d’attirer les entreprises étrangères. Dans les maquiladoras, les règles protégeant la santé et la sécurité des travailleurs sont moins respectées et les journées de travail sont plus longues.»
Le travail à la maquiladora est si dur que les employés demeurent rarement plus de trois ou quatre mois au service d’un même patron. Malgré tout, les ouvriers ne manquent pas de cœur à l’ouvrage. «Certaines études ont montré que les Mexicains étaient parmi les travailleurs les plus productifs au monde», affirme Marie-France Labrecque.
Pays baltes : seconde vie
Longtemps maintenues sous le joug de l’empire soviétique, l’Estonie, la Lithuanie et la Lettonie prennent leur revanche économique. Selon l’hebdomadaire américain Newsweek, les trois pays baltes forment aujourd’hui l’une des zones économiques à plus forte croissance du globe, et la publication qualifie même leur émergence de «nouveau Hong Kong».
Au début des années 1990, le fabricant électronique finnois Elcoteq fut l’un des premiers à s’établir en Estonie pour la qualité de la main-d’œuvre, les faibles salaires (dix fois moins élevés qu’en Finlande!) et l’ordre qui régnait dans le pays. Depuis, des entreprises suédoises, américaines, danoises et allemandes ont choisi de s’installer dans les États baltes et le nord de la Pologne. Le dynamisme des échanges entre les capitales baltes et scandinaves a grandement favorisé l’essor économique de la région.
(Source : Newsweek, rapporté par Le Courrier international, 18 juillet 2002.)
Indonésie : le feu aux pieds
En coupant sévèrement les commandes destinées à son usine de Jakarta, en Indonésie, le fabricant américain de chaussures et articles de sport Reebok s’est attiré les foudres des travailleurs. Fin juillet, plus de 1 000 Indonésiens ont bruyamment manifesté autour de l’ambassade américaine, accusant Reebok d’opprimer la main-d’œuvre en condamnant des milliers d’ouvriers au chômage. Selon un analyste financier américain interviewé par le Boston Herald, le sentiment antiaméricain est très vif en Indonésie, notamment à l’égard des géants Nike, Adidas et Reebok, tous trois installés dans ce coin d’Asie. Reebok a tout de même maintenu sa décision et prévoit aussi ralentir ou stopper sa production dans d’autres usines d’Indonésie, de Chine et de Thaïlande. Les raisons invoquées par la multinationale sont les lacunes quant à la qualité et au respect des échéances de livraison.
(Source : Boston Herald, 30 juillet 2002.)