Parallèlement à la semaine de 35 heures et à la sécurité d’emploi blindée, il s’est développé en France un «marché noir» de l’emploi : des stages transformés en emplois sous-payés et peu réglementés.

Tout a commencé par un blogue. L’auteure, une jeune Française connue sous le pseudonyme de Cathy, y faisait un constat brutal. Malgré un diplôme en gestion de projets culturels, une licence en philosophie et une maîtrise en film documentaire en poche, les employeurs ne lui offraient que des stages. À 32 ans, elle avait consacré 30 mois de sa jeune vie professionnelle à des stages non rémunérés. Et son neuvième stage venait d’être reporté, le temps que la compagnie utilise un autre stagiaire…
À bout, Cathy a lancé un appel à la grève des stagiaires. «Que se passerait-il si, par miracle, du jour au lendemain, […] les stagiaires n’occupaient plus leurs postes?» s’est-elle interrogée dans son site. En quelques jours, le texte s’est propagé sous forme de courriels et la discussion a envahi la blogosphère. Nous sommes en septembre 2005 et des milliers de Français qui se croyaient seuls dans leur situation viennent de découvrir un système généralisé dans lequel des entreprises utilisent les stagiaires comme main-d’œuvre à bon marché.
| Pub. |
En France, ce sont chaque année 800 000 personnes qui occupent des postes de stagiaires, selon le Conseil économique et social français, un organisme qui conseille le gouvernement en matière de politiques socioéconomiques. La majorité des diplômés universitaires font au moins un stage avant de dénicher un emploi, que ce soit un stage d’apprentissage lié à une formation ou un autre qui vise l’intégration en entreprise.
Mais ce sont particulièrement les stages d’intégration qui sont montrés du doigt. Ces périodes d’adaptation censées familiariser les nouveaux aux particularités de l’entreprise peuvent durer plus d’un an, sans garantie d’embauche. De plus, rien ne vient réglementer les salaires, qui se situent souvent sous le seuil minimal, quand ils ne sont pas carrément inexistants. Devant ce vide juridique, plusieurs entreprises multiplient les offres de stage ou pourvoient à un même poste avec des stagiaires consécutifs. De l’avis de plusieurs, ce système est tout simplement un «sous-salariat».
Pour Jean-Marie Chevalier, professeur de sciences économiques à l’Université Paris Dauphine, ces abus, qu’il estime à 20 % du total des stages suivis en France, sont le résultat d’une trop grande rigidité du marché de l’emploi dans ce pays. Une fois un employé embauché, il devient très difficile pour la compagnie de le mettre à la porte. De plus, les charges sociales assumées par l’entreprise sont élevées. «Il y a donc une réticence à embaucher, particulièrement pour des besoins temporaires», explique-t-il.
Dans ce contexte, le recours aux stagiaires constitue une avenue séduisante. D’ailleurs, certains sites d’embauche, comme Kap’stages, se consacrent uniquement au recrutement de stagiaires.
Dans ces témoignages, plusieurs stagiaires affirment être utilisés comme de réels employés, le salaire en moins. On leur fait miroiter un emploi, mais lorsque le contrat de stage arrive à terme, ils se retrouvent de nouveau au chômage. Certains approchent la trentaine et cumulent toujours les stages.
Le phénomène de précarité croissante chez les jeunes n’est pas unique à la France. Un numéro récent du Courrier international qualifiait les 18-35 ans en Europe de «génération low cost». En Espagne, on parle aujourd’hui des «mille-euristes», ces jeunes hautement diplômés qui ne gagnent pas plus de 1 000 euros par mois. En Allemagne, en 2005, Bettina Richter a poursuivi devant un tribunal du travail une entreprise qui lui avait offert un stage plutôt qu’un emploi… et a gagné sa cause. Elle a depuis fondé Fairwork, une organisation qui défend les droits des jeunes travailleurs.
«Il y a une paupérisation des jeunes», constate Guillaume. Difficile, en effet, de fonder une famille ou d’obtenir une hypothèque sans un emploi stable et un revenu adéquat. En retour, la précarité affecte le moral et l’estime de soi de ces éternels stagiaires.
«Beaucoup de jeunes sont découragés par le marché du travail, confirme Jean-Marie Chevalier. Plusieurs sont même tentés de partir à l’étranger.» Et les destinations privilégiées seraient les pays de culture anglo-saxonne, comme le Canada. «Dans ces pays, poursuit le professeur d’économie, on croit en la valeur de ces jeunes. Tandis qu’en France, ils sont perçus comme une menace à l’ordre établi.»
Après de nombreuses manifestations et la publication de son livre, Génération-Précaire a obtenu un amendement à la loi sur l’égalité des chances, qui a suivi la crise du CPE (contrat de première embauche). La législation interdit maintenant les stages non rémunérés au-delà de trois mois. «Mais aucun salaire minimum n’a été fixé par la loi [pour les stagiaires]», déplore Guillaume.
Jean-Marie Chevalier réclame aussi un meilleur encadrement des stages de la part du gouvernement. Il estime toutefois qu’une plus grande flexibilité dans le marché de l’emploi est également nécessaire. Mais cela requiert forcément la remise en question de certaines protections dont bénéficient les travailleurs.
C’est là un débat épineux qui attend la France. Après les manifestations monstres contre le CPE l’hiver dernier, qui osera se mouiller?
MONDE | Des sous tombés du ciel
Les travailleuses émigrées ont envoyé quelque 232 milliards de dollars américains dans leurs pays d’origine l’année dernière, selon le rapport annuel de l’ONU, État de la population mondiale 2006, paru le 6 septembre dernier. Si les femmes expédient des sommes moins importantes que les hommes (leurs salaires sont généralement moins élevés), elles envoient toutefois une plus grande proportion de leurs revenus à leurs proches. Près de la moitié des immigrants de la planète sont des femmes (environ 95 millions) et leur contribution financière a un impact majeur sur l’économie de leur pays d’origine. Le rapport indique que l’argent envoyé par les travailleuses peut sortir de la pauvreté des familles et même des communautés entières.
Source : The Financial Times.
ÉTATS-UNIS | Le client du mois
L’histoire est digne d’un film hollywoodien. Un dimanche du mois d’août dernier, Cindy Kienow a servi une entrée, un plat principal et deux bières à un habitué du restaurant Applebee’s situé à Hutchison, au Kansas, où elle travaille depuis huit ans. Le montant de l’addition? Vingt-six petits dollars. Celui du pourboire? Dix mille bidous! L’homme, dont l’identité n’a pas été révélée, aurait assuré à la serveuse qu’il ne plaisantait pas et qu’il souhaitait qu’elle s’offre un cadeau avec cet argent. Kienow a affirmé avoir toujours conversé avec le client lors de ses fréquentes visites au restaurant tout en soulignant que rien n’expliquait un geste d’une telle générosité. Elle a ajouté souhaiter revoir le client pour le remercier convenablement étant donné qu’elle était trop estomaquée pour le faire sur le coup. De quoi faire rêver tous les serveurs de la planète!
Source : www.abcnews.com
Recherche et rédaction : Corinne Fréchette-Lessard