International
Ukraine

Beaux programmes

Trouver un informaticien compétent pour 10 $ l’heure, mission impossible? Plus maintenant, grâce au réservoir de talents est-européen, notamment les geeks ukrainiens.

par Alexandre Billette, à Kiev


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 5 Mai 2007


En banlieue de San Francisco, les fondateurs de la petite entreprise oDesk ont eu une bonne idée : mettre en relation employeurs et informaticiens d’un bout à l’autre de la planète au moyen d’Internet. Le système est d’une simplicité redoutable : véritable Bourse aux emplois, ce site permet aux programmeurs d'annoncer gratuitement leurs services et aux employeurs de proposer des projets auxquels travailler. Bingo!

L’employeur peut suivre à la trace les activités de son programmeur, qui sont effectuées à travers le monde, au moyen d’un logiciel fourni par oDesk. Une fois le contrat terminé, la PME californienne perçoit le salaire auprès du client, paie le programmeur et prélève au passage une commission de 10 % du coût de la transaction.

Ce système fait un tabac en Ukraine, comme dans l’ensemble de l’ex-URSS, paradis de l’économie chancelante. Dans ces pays en transition, héritiers du système universitaire soviétique de grande qualité, de nombreux étudiants en sciences pures troquent la physique ou les mathématiques contre l’informatique, qu’ils apprennent sur le tas. Ils transforment peu à peu l’Ukraine en véritable vivier de compétences pour une entreprise comme oDesk.

«L’ex-Union soviétique et l’Inde constituent 60 % des 10 000 programmeurs qui font ou ont fait partie de notre réseau depuis le début de l’entreprise en 2004», estime Gary Swart, président d’oDesk, joint à son bureau californien. «Les programmeurs russes et ukrainiens sont extrêmement compétents, et nous avons d’excellents commentaires à leur sujet de la part des clients.»

L’avenir est dans l’ordi

Pour les programmeurs, ce travail à distance est alléchant, car les salaires offerts sont supérieurs à ceux qu’ils pourraient gagner sur place. En Ukraine, un bon informaticien peut difficilement dénicher un emploi rémunéré à plus de 800 $ US par mois, sauf dans les grandes boîtes internationales ayant pignon sur rue à Kiev, où les places sont très rares.

Certaines critiques s’élèvent à l’Ouest sur ces délocalisations nouveau genre.

Et la situation est plus précaire encore en dehors de la capitale : «Recherche développeur Java, notions de design graphique souhaitées, préférence pour diplômé mathématiques ou physique, salaire 300 $ US/mois», peut-on lire dans les petites annonces d’un journal de Kherson, une ville moyenne du sud de l’Ukraine.

Oleg, un jeune diplômé de physique du prestigieux Institut polytechnique de Kiev, est originaire de cette ville. Il n’a pas hésité longtemps avant d’abandonner son employeur lorsqu’il est tombé, par hasard, sur le site d’oDesk. Aujourd’hui, il gagne environ 1 200 $ US par mois en travaillant essentiellement pour une PME du New Jersey, qui l’embauche en fonction des projets en cours.

«Bien que l’informatique soit en plein boum en Ukraine, nous sommes dans une période de capitalisme sauvage qui se prête bien à ce genre d’activités très concurrentielles», explique Aleksandr Sharov, spécialiste des technologies de l’information au service d’une grande entreprise américaine implantée à Kiev.

En effet, les salaires offerts en Ukraine sont bas, mais ils croissent rapidement : un informaticien local gagne aujourd’hui trois fois plus qu’il y a trois ans. «Mais tant qu’ils n’auront pas atteint les deux tiers du salaire occidental moyen, la croissance du secteur informatique restera aussi forte au pays. Les jeunes diplômés continueront de se précipiter sur les boulots de programmeur... au risque de créer un trop-plein de travailleurs dans ce secteur», ajoute Aleksandr Sharov.

Comme des champignons

Dans un système économique aussi libéral, les jeunes entreprises, appelées couramment des start-ups, poussent comme des champignons... et disparaissent parfois aussi vite. Alekseï en est l’exemple type. Inscrit dans un site semblable à oDesk, il travaille à distance pour une entreprise américaine tout en développant, durant ses temps libres, un logiciel de gestion de base de données qu’il vendra ensuite avec un certain succès dans son site personnel. Avec un petit pactole de 5 000 $, il a créé sa propre entreprise informatique, qui compte aujourd’hui huit employés. «Il faut profiter maintenant de cette croissance, ça ne durera pas éternellement», reconnaît-il.

Le système fiscal ukrainien, qui est embryonnaire, offre aux entrepreneurs un taux d’impôt uniforme (flat rate) de 200 grivnas mensuels, soit l’équivalent d’à peine 40 $ US. «Je ne sais pas si ce système économique est bon pour le pays, mais chose certaine, c’est bon pour nous!» ironise Alekseï, qui refuse de divulguer le revenu qu’il dégage de ses activités d’entrepreneur. Néanmoins, un rapide calcul indique qu’il s’agit de plus de 2 000 $ US par mois, une somme considérable au pays de la Révolution orange.

Reste que si une entreprise comme oDesk connaît un succès impressionnant, avec plus de 550 informaticiens ukrainiens inscrits, certaines critiques s’élèvent à l’Ouest sur ces délocalisations nouveau genre. Le salaire moyen affiché de 15 $ US l’heure dans le site d’oDesk est trois fois moins élevé que la rémunération habituelle d’un programmeur américain.

Bien qu’il reconnaisse cette disparité, le président d’oDesk refuse toutefois d’y voir un danger pour les entreprises occidentales. «Plusieurs PME ne pourraient pas payer des informaticiens à des salaires plus élevés; avec oDesk, ce sont des centaines d’entreprises nord-américaines qui peuvent croître et embaucher du personnel local grâce aux économies engendrées par nos services», soutient Gary Swart.

Délocalisation ou pas, les choses vont bien pour cette entreprise californienne : avec 18 employés et une trentaine de programmeurs embauchés en Europe de l’Est au moyen de son propre système, oDesk annonce une croissance mensuelle de ses activités de 15 %. Bref, les affaires tournent rondement. La Terre aussi.


Inde | Mort à crédit
Au palmarès des succès économiques, l’Inde ne figure pas loin derrière la flamboyante Chine. Mais tout n’est pas si rose, car les paysans indiens sont aux prises avec une étrange «épidémie» : de 1997 à 2006, 25 000 d’entre eux se sont suicidés! Et le nombre de suicides croît toujours. En 2001, on en comptait un tous les 10 jours chez les fermiers de la région de Maharashtra; en 2006, c’était 3 par jour.

Selon l’organisation indienne Vikas Adhyayan Kendra, les exigences de l’Organisation mondiale du commerce et de la Banque mondiale seraient à l’origine de la grande déprime paysanne. Les coupes de subventions et les hausses de taux d’intérêt les auraient pris à la gorge : le pourcentage de familles de paysans surendettées est passé de 25 % en 1991 à 65 % en 2006. Selon le gouvernement indien, ces suicides seraient plutôt attribuables à des problèmes personnels, comme l’alcoolisme.

Source : Les autres voix de la planète.


Afrique de l’Ouest | Plaisir coupable
Les conditions de travail dans les plantations de cacao de l’Afrique de l’Ouest sont douteuses : l’Institut international d'agriculture tropicale a révélé en 2002 que 284 000 enfants âgés de 9 à 12 ans y travaillaient dans des conditions atroces. De ce nombre, 12 000 étaient issus du trafic d’enfants.

Parce qu’il assimile ces conditions à de l'esclavage et qu’il considère que l’industrie du chocolat ne fait rien pour améliorer la situation, le journaliste néerlandais Teun van de Keuken a demandé à la justice de son pays de l’incarcérer. Quel est donc son crime? En vertu d’un article du code pénal, il serait complice d’esclavagisme en tant que consommateur. Si la justice lui donne raison, tous les consommateurs pourraient à leur tour être poursuivis. De quoi nuire sérieusement à l’industrie du chocolat…

Source : Novethic.fr.

Recherche et rédaction : Pierre Frisko


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Québec

38,5 %


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Défavorable

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