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Au Canada, rares sont les travailleurs qui hésiteraient entre devenir employé dans un McDonald’s ou médecin spécialiste. En Russie, si, et pour cause!

Alexandre Ivanov, un Moscovite de 29 ans, a tenté récemment d’emprunter la somme de 1 500 $ CA à la banque pour s’acheter un ordinateur portable. Il a toutefois essuyé un refus catégorique de l’institution financière faute d’être un débiteur solvable.
La situation pourrait sembler normale en Russie, où le salaire moyen se situe à environ 400 $ par mois. Elle l’est toutefois moins si on considère qu’Alexandre Ivanov est un chirurgien spécialiste en reconstruction maxillo-faciale pour les enfants. «Après 12 ans d’études universitaires, je ne peux même pas emprunter à la banque parce que je ne suis pas rentable!» lance le jeune médecin, à demi amusé par le ridicule de la situation.
L’État russe rémunère ses médecins spécialistes environ 115 $ par mois, ce qui représente le salaire moyen par habitant en Afghanistan! Cette maigre pitance n’atteint même pas le seuil de subsistance fixé à 140 $ par mois en Russie (4 000 roubles). Rien pour faciliter la survie à Moscou, classée ville la plus chère du monde en 2006, devant Tokyo!
Cette situation est particulièrement frustrante quand on sait qu’un employé d’un restaurant McDonald’s russe peut gagner cinq fois plus qu’un chirurgien… en salaire de base! Il obtient en plus des vacances payées et un remboursement jusqu’à 35 $ par mois pour le transport en commun.
L’écart entre les salaires des fonctionnaires et ceux des employés d’entreprises privées s’explique en grande partie par l’incapacité du gouvernement à payer plus, explique Alexei Pavlovich, sociologue spécialiste du marché de l’emploi à l’Académie des sciences de Russie, à Moscou. «Aujourd’hui, la grande priorité du gouvernement, c’est d’offrir des soins de santé à la population. Faute de moyens financiers, les salaires des médecins, des professeurs et des scientifiques sont relégués au second rang.»
Mais selon Ekaterina Isaeva, cette situation serait plutôt l’héritage de l’ère soviétique : avant la chute du régime communiste, en 1990, les professions libérales étaient moins rémunérées que les métiers techniques, jugés plus utiles et plus près de l’idéal de l’État prolétaire. Depuis, les salaires des intellectuels et des scientifiques seraient demeurés bas.
Mais si l’immobilier peut sembler problématique pour les bas salariés, il se révèle aussi une solution pour bon nombre de Moscovites. Lors de l’écroulement de l’URSS, beaucoup d’entre eux ont en effet quasi hérité des appartements d’État dans lesquels ils vivaient. Aujourd’hui, plusieurs n’ont donc pas à débourser de loyer ou ne paient que des frais usuels minimaux. «Heureusement que j’ai l’appartement que mes parents ont reçu de l’État, qui revient à 80 $ par mois», explique le chirurgien Alexandre Ivanov.
Mais même si certains réussissent à se loger à peu de frais, la situation demeure précaire pour les travailleurs sous-payés. La vie coûte cher et les dépenses alimentaires sont comparables à celles du Québec. C’est pourquoi Alexandre Ivanov trouve un revenu d’appoint en partageant son temps entre les hôpitaux publics et privés. Ces derniers offrent une meilleure rémunération. «Je fais une ou deux opérations le matin à l’hôpital public et je me rends à l’hôpital privé en après-midi. En cumulant les deux emplois, je gagne environ 1 000 $ par mois. Je prends aussi parfois des contrats de traduction de documents médicaux et je fais des consultations médicales privées.»