Des bourses d’études offertes aux étudiants africains par le gouvernement chinois. De jeunes Gabonais qui sautent sur l’occasion. Voilà l’une des armes de Pékin pour séduire le continent noir et accéder à ses richesses naturelles.

Ses folies de jeunesse, la Gabonaise Françoise Nkoghe ne les a pas vécues au Gabon. «J’ai rigolé, dansé et sauté… en Chine!» dit la femme de 29 ans, friande de canard laqué, de riz cantonnais et de rouleaux de printemps. Le tout, aux frais de l’État chinois!
C’est que pendant huit ans, elle a étudié la pharmacie à l’Université de Nanjing, une ville de l’est de la Chine. Elle a profité des nombreuses bourses d’études offertes par le gouvernement chinois aux jeunes Africains.
En 2007, une trentaine d’étudiants gabonais ont décroché une bourse chinoise, soit près de trois fois plus que l’an dernier. «Ce nombre augmentera encore», dit Xue Jinwei, ambassadeur de Chine au Gabon.
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Pékin offre des bourses d’études aux Africains issus de pays sous régime socialiste depuis les années 1960. Mais au cours des dernières années, le gouvernement chinois a multiplié ces aides financières. D’ici à 2009, la Chine compte accorder 4 000 bourses d’études universitaires aux Africains plutôt que 2 000, comme c’est le cas actuellement. Le pays a aussi l’intention de former 15 000 professionnels africains (fonctionnaires, enseignants, agronomes, médecins, ingénieurs, etc.) à travers des programmes universitaires, des formations et des séminaires offerts en Chine.
«Pour s’implanter en Afrique, Pékin a besoin de cadres africains ayant noué des relations avec des Chinois», précise Philippe Hugon, auteur de l’ouvrage Géopolitique de l’Afrique (Armand Colin, 2006) et professeur au Département de sciences économiques de l’Université Paris X Nanterre. «Cette politique culturelle [l’accueil d’étudiants africains] fait partie de sa diplomatie d’influence.»
La Chine espère que ces étudiants africains deviennent ses «ambassadeurs», selon Adama Gaye, auteur de l’essai Chine-Afrique : Le dragon et l’autruche (Éditions L’Harmattan, 2006). «Ils pourront faire la promotion de la réussite économique spectaculaire de ce pays», indique le Sénégalais d’origine.
Bien qu’intéressée, l’aide chinoise profite aux étudiants africains. Droits de scolarité, billet d’avion, logement sur le campus, assurance-maladie, allocation mensuelle : le gouvernement chinois paye pratiquement toutes les dépenses.
«Si j’étais restée au Gabon, j’aurais peut-être choisi un programme d’études plus court», dit Françoise Nkoghe, qui a terminé un baccalauréat en pharmacie et une maîtrise en pharmacologie en Chine. À Libreville, la capitale gabonaise, elle aurait dû composer avec les grèves fréquentes des professeurs. «Les laboratoires universitaires sont aussi beaucoup moins équipés au Gabon qu’en Chine», ajoute la pharmacienne.
Pamela Sonya Ovono n’a pas hésité à interrompre ses études à l’Université Omar Bongo (du nom du président du Gabon, au pouvoir depuis 40 ans) pour étudier en relations internationales à l’Université de Pékin, en 1997. Elle rêvait d’étudier dans un pays non francophone — le français est la langue officielle du Gabon, ancienne colonie de la France. «Lorsque je suis partie pour la Chine, mes parents me croyaient folle», raconte cette Gabonaise de 31 ans.
Lors de leur première année d’études en Chine, Françoise et Pamela Sonya ont dû suivre des cours de mandarin et apprendre l’anglais, langue des livres d’étude. Et elles ont dû s’habituer aux mœurs de ce pays communiste. Fini la sieste de 12 h à 15 h l’après-midi! Le dîner chinois ne dure qu’une heure. «Au début, on est un peu déboussolé par la culture chinoise», avoue Françoise, qui a été soutenue dans cette expérience par son grand frère déjà installé en Chine pour des études en médecine. «Mais on s’adapte.»