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La Chine est devenue une des poubelles de l’Occident électronique. Des Chinois y voient une occasion d’affaires, mais ils mettent aussi leur santé en péril.

Wei Peng au travail
À 18 ans, Wei Peng est depuis 2 ans un petit entrepreneur «prospère» à Guiyu, une ville de fermiers et de pêcheurs dans la plus riche province de la Chine, celle du Guangdong.
Il emploie 3 personnes et gagne de 2 700 $ à 4 200 $ par année, soit plus que le double du salaire minimum des travailleurs de Shenzhen, une des villes chinoises qui affichent le plus élevé des niveaux de vie.
Ce fils de pêcheur est en quelque sorte un symbole de ce qu’est devenue Guiyu : une «technopole» du rebut, qui reçoit depuis une dizaine d’années des tonnes de téléphones portables, ordinateurs, consoles de jeu, téléviseurs en provenance de l’Occident, jetés aux ordures parce qu’ils sont devenus désuets.
Wei Peng se rend toutes les semaines à Dongguan, ville industrielle près du port de Nanhai où transitent d’abord les déchets avant d’aboutir à Guiyu. Il y achète des sacs de produits électroniques concassés. «Je ne sais pas d’où viennent ces produits. Mon travail est de séparer les matériaux et de les vendre à mes clients, des représentants de manufactures.»
Un rapport de Greenpeace produit en 2002, portant sur la situation à Guiyu, révèle que ces sacs proviennent principalement des États-Unis, mais aussi du Canada et de l’Europe.
Pour les habitants de Guiyu, l’occasion était trop belle : la ville de 200 000 habitants occupe une place stratégique entre le port de Nanhai, où arrivent les produits à recycler, et la côte est de la Chine, où les manufactures de produits électroniques pullulent.
Lorsque Wei Peng ne reconnaît pas un matériau, il le brûle et sent les vapeurs qui s’en dégagent pour identifier les composantes. «Quand ça fait longtemps qu’on fait ce métier, on n’a plus besoin de faire ça. Mais tous les travailleurs doivent au départ apprendre à détecter les composés plastiques par l’odorat», dit-il.
Wei Peng sait que cette pratique lui vaudra un jour des problèmes de santé. «Mais tous les habitants du village travaillent dans l’industrie du recyclage de produits électroniques. C’est la seule possibilité pour gagner raisonnablement sa vie dans la région», ajoute-t-il, en haussant les épaules.
Selon Greenpeace, les produits électroniques recyclés contiennent des substances toxiques comme du mercure, du plomb, du béryllium, du cadmium et d’autres métaux lourds. Ces produits représentent un sérieux danger pour la santé des travailleurs, de même que pour l’environnement.
À Guiyu, les amoncellements de déchets électroniques près de la rivière ou déposés dans des entrepôts à ciel ouvert ont contaminé la rivière Lianjiang. L’eau de la ville n’est plus potable. Les analyses effectuées en 2001 par Greenpeace autour de Guiyu révèlent une concentration de plomb dans l’eau 190 fois plus élevée que la norme établie par l’Organisation mondiale de la santé.
«Le Collège médical de l’Université de Shantou a effectué des prélèvements sanguins chez des enfants de Guiyu âgés de un à six ans. Les résultats démontrent que plus de 80 % d’entre eux ont un taux inquiétant de plomb dans le sang», indique Yun Lai, coordonnateur de la campagne anti-toxicité pour Greenpeace Chine.
Or, la liste des effets du plomb sur la santé humaine est longue et certains sont graves : anémie, troubles rénaux et déficience intellectuelle. Selon Santé Canada, les jeunes enfants sont plus vulnérables aux effets toxiques du plomb. «Même une exposition à de faibles doses peut nuire au développement intellectuel, au comportement, à la croissance et à l'audition des nourrissons.»
À Guiyu, comme partout en Chine, les habitants ne voient pas l’intérêt de penser à long terme. Ils vivent l’instant présent. Wei Peng gagne sa vie honorablement et ne croit pas qu’il manquera de travail un jour. «Il faudra toujours des travailleurs comme nous pour faire les choses que personne ne veut faire.»