Giorgjos Vikatos, un cultivateur et commerçant de bijoux, comptait parmi les citoyens volontaires. Sa ferme, située à sept kilomètres d’Olympie, a été prise d’assaut par le feu. «Avec de nombreux villageois, je suis venu en aide aux pompiers pour contenir les flammes. Mais j’ai quand même perdu 650 oliviers, soit près de la moitié de ma production», raconte-t-il. S’il ne blâme pas les pompiers grecs, il admet que ceux-ci étaient mal préparés pour faire face à un tel drame. «Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu, mais ils n’étaient pas équipés pour les circonstances», allègue-t-il.
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Durant les moments forts de la crise, pas moins de 300 feux ont éclaté chaque jour, se rejoignant les uns les autres. Les flammes avançaient à une vitesse de 15 km/h, en raison des grands vents, d’une sécheresse extrême et d’une chaleur torride (40 °C). «La destruction a atteint des proportions bibliques. Il y a des villages où nous ne voulions pas et ne pouvions pas aller parce que les routes étaient bloquées», a déclaré Nicholas Orphanos, un pompier volontaire du Péloponnèse.
La récolte des olives représente 60 % du revenu des agriculteurs de la région touchée. Or, replanter les arbres décimés est une entreprise de longue haleine : un olivier ne commence à produire que de 7 à 10 ans après avoir été planté. «Nos oliviers ont tous disparu», soupire Theoni Kostandopoulou, 77 ans, l’un des 13 000 habitants de Zacharo, un village au sud d’Olympie où 37 personnes ont péri. Même si l’économie grecque ne devrait guère s’en ressentir, c’est une véritable tragédie pour un pays qui représente près de 20 % du marché mondial de l’huile d’olive.
Fortement critiqué pour sa gestion de la crise, le premier ministre grec, Costas Karamanlis, a pointé l’origine criminelle de nombreux feux. La police a arrêté et inculpé plusieurs pyromanes. Une enquête publique, toujours en cours, a été exigée par le procureur pour déterminer si les attaques des pyromanes pouvaient être considérées comme des actes de terrorisme, ce qui aurait pour effet d’augmenter la sévérité des peines.
Cependant, plusieurs soupçonnent les spéculateurs fonciers d’être derrière les pyromanes : ils auraient voulu contourner les lois leur interdisant tout développement dans les aires forestières. Comme la Grèce n’a pas de registre des forêts, la démarcation entre les forêts et les zones de construction n’est pas claire. Les zones forestières, une fois rasées, pourraient être converties en zones commerciales. «De très grandes surfaces agricoles et forestières pourraient bien se transformer en centres de loisirs, hôtels, etc., ce qui s’est déjà vu ici», note Christos Dimopoulos.
Des rumeurs courent aussi voulant que des planteurs de cannabis aient mis le feu à leurs cultures pour échapper à la police. Quoi qu’il en soit, le gouvernement a mis en place un programme de reboisement et versé à quelque 20 000 sinistrés une première aide d’urgence pour un montant total de 72,5 millions d’euros. Les Grecs de la diaspora, notamment du Canada, d’Australie et des États-Unis, ont également apporté leur contribution. Les communautés helléniques de Montréal, de Laval, de même que le Congrès hellénique canadien ont amassé 350 000 dollars dans un fonds destiné à venir en aide aux Grecs affectés par les feux de forêt de l’été dernier.
Il ne reste qu’à espérer que l’été 2008 ne soit pas aussi chaud. Parce que, jusqu’à maintenant, rien n’a véritablement changé dans l’organisation du travail des pompiers grecs.