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La flambée des prix du pétrole fait des ravages un peu partout sur la planète. En Europe, les professionnels qui travaillent avec leur véhicule protestent vertement!

Taxis bloquant les quatre entrées de Marseille, barrage de la frontière française par des semi-remorques espagnols, pêcheurs paralysant les ports en Italie,jeunes agriculteurs occupant le pont de l’île de Ré dans l’ouest de la France, automobilistes rassemblés au centre de Moscou.
Depuis la fin du printemps dernier, l’Europe vit au gré des multiples manifestations de professionnels, qui voient leurs revenus grugés par les hausses successives des prix du pétrole.
Avec un baril de pétrole battant quotidiennement ses records de la veille, l’or noir n’a jamais aussi bien porté son surnom. Les travailleurs refusent de se plier à un quelconque fatalisme et sont déterminés à se faire entendre.
En France, la tête de la fronde est à Marseille, là où traditionnellement commencent et finissent les grèves. Le président de l’Intersyndicale des taxis des Bouches-du-Rhône (1 500 chauffeurs), Charles Gilardenghi, s’indigne de la hausse de prix. «Le carburant, c’est la matière première du taxi. C’est comme si on privait un boulanger de sa farine.»
Dans sa voiture, Jean Gammicchia, président du Syndicat des taxis radios de Provence, embraye sur ces propos. «Le prix de la course est réglementé en France. Nous ne pouvons donc pas reporter sur nos clients la hausse du prix du carburant. Un centime de plus sur le litre de gasoil [NDLR : diesel], c’est un centime de moins en recette. Les dépenses en carburant représentent désormais le quart de nos coûts d’exploitation. Nous ne sommes pas encore à la soupe populaire, mais les chauffeurs sont fortement endettés.»
S’il envisage des moyens de diminuer sa consommation à moyen terme, le secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) n’exclut pas une mobilisation importante cet automne. «Il faut bouger! Nous fournissons un produit alimentaire de base. En répercutant cette hausse sur nos prix, le pouvoir d’achat des citoyens sera directement touché! Nous demandons la transparence sur les marges pour vérifier que tous les intermédiaires font aussi des efforts sur les prix.»
Christian Hunault, routier d’Angers (nord-ouest de la France), est pessimiste. «J’arrive tant bien que mal à expliquer et à répercuter la hausse du carburant à mes clients directs. Mais quant aux très gros chargeurs ou aux autres transporteurs pour lesquels je sous-traite, ce n’est pas possible!» Il sort d’une réunion avec un client important avec qui il travaille depuis cinq ans et la discussion a dérivé sur l’indexation du gasoil. «Il comprend que je veuille augmenter mes prix à cause de la hausse du carburant. Mais il va quand même faire un nouvel appel d’offres pour trouver un transporteur moins cher. Je suis en train de le perdre!»
Il pointe du doigt ce qui constitue le malaise, selon lui. «Nous subissons une concurrence de la part des autres pays européens. À cause de taxes moindres, un Lituanien paye vingt centimes moins cher le litre de gasoil que nous, alors que nous jouons dans la même cour.» À tel point que, selon Christian Hunault, les transporteurs routiers français se replient sur leur propre marché national, voire régional, pour avoir moins de kilomètres à effectuer et donc réduire leurs frais d’essence. «J’étais à une manifestation voici huit jours. Malheureusement, elle n’a rien donné! Nos gouvernants sont démunis, ils n’ont pas pris la mesure de la catastrophe. Le gouvernement est anticamion, mais il n’a pas compris qu’il n’y aura pas moins de camions en France; seulement moins de camions français. À 51 ans, je n’ai pas envie de foutre le camp en Lituanie. Si j’avais encore trente ans, je partirais!»
Au moins sur ce sujet, l’Europe des professionnels roule à l’unisson. La plupart des manifestants réclament à l’Union européenne la création d’un gasoil moins cher, réservé aux professionnels. D’autres, en France, demandent une baisse du tarif des péages pour compenser la hausse des carburants.
Les transporteurs européens ne peuvent tout simplement pas refiler la hausse à leurs clients. De nombreuses entreprises n’arrivent plus à couvrir leurs frais d’exploitation et les faillites se multiplient. «Si les gouvernements restent insensibles à cette situation intenable, des manifestations fortes et étendues sont à prévoir dans les pays de la Communauté», affirmait, début juin, l’Union européenne des transports routiers à Bruxelles, par voie de communiqué.
Le plein à près de 110 $ désoriente aussi les particuliers. C’est devenu le sujet, sinon préféré du moins obligé, des Français dont la plupart, en plein marasme de baisse du pouvoir d’achat, fractionnent leur passage à la pompe. Plus question de faire un plein. Ils remplissent désormais petit à petit le réservoir pour ne pas sortir trop d’argent d’un coup.
«Les particuliers comprennent très bien nos manifestations et souffrent également de la hausse du prix du carburant, même si le problème est décuplé chez les professionnels. Mais il existe chez les particuliers un fatalisme face à un enjeu planétaire. Ils ne sont pas prêts à descendre dans la rue», souligne le syndicaliste Jean Gammicchia.
Lui, il se prépare déjà à y retourner!
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