International
Islande

Glace promise

Le chômage est pratiquement inexistant au pays des geysers. Les employeurs rivalisent d’astuces et vont jusqu’en Pologne ou au Portugal pour dénicher des travailleurs.

par Dominique Forget, à Reykjavik


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 8
septembre 2008


«Groupe de musique light metal cherche batteur pour spectacles amateurs dans la région de Reydarfjordur. Formation comme électricien, un atout.»

Cette annonce a récemment été publiée par l’aluminerie Alcoa, en grand format, dans le Morgunbladid, le plus important quotidien au pays. En Islande, tous les moyens sont bons pour se démarquer auprès des chercheurs d’emplois.

La multinationale cherche sans cesse des électriciens – et des mécaniciens, et des ingénieurs, et des gestionnaires – pour sa toute nouvelle usine islandaise. Le fait que les installations soient isolées dans l’est du pays, à huit heures de route de Reykjavik, rend le recrutement d’autant plus ardu. Mais même en pleine capitale, les employeurs doivent se battre pour la main-d’œuvre.

En juin dernier, le Bureau du travail islandais dévoilait presque en catastrophe que le taux de chômage au pays frôlait les 1,1 % : 1 842 personnes étaient sans emploi! On se voulait tout de même rassurant. La saison touristique arrivant, le nombre d’emplois allait certainement augmenter.

Selon le directeur du Bureau, Gissur Pétursson, le côté «petite société tissée serrée» de son pays serait responsable du famélique taux de chômage. «Si vous cherchez du travail, il y a un voisin, un ami qui va vous aider. Avec une population de seulement 313 000 habitants, tout le monde est lié de près ou de loin.»

Cette proximité amène aussi son lot de pression. Ceux qui ne travaillent pas et qui n’ont pas de raison valable se font montrer du doigt.

Ça vaut aussi pour les femmes. L’Islande a beau afficher le deuxième plus haut taux de natalité en Europe (juste derrière l’Irlande, avec 13,5 enfants par 1 000 habitants), peu de jeunes mères s’occupent à temps plein de leur marmaille. Un peu plus de 80 % des Islandaises âgées de 15 à 64 ans travaillent à l’extérieur de la maison, un record inégalé dans le monde, selon les chiffres de l’OCDE.

«Ça doit venir de nos ancêtres vikings», rigole Audur Tómasdóttir, 57 ans, libraire à Reykjavik. «À cette époque, les hommes partaient à l’aventure des mois, parfois des années! Nous, les femmes, on s’occupait de nourrir la famille.» La libraire a eu trois enfants, mais n’a jamais interrompu son travail plus de trois mois. Rien d’anormal. «Chez nous, ce sont aussi souvent les hommes que les femmes qui profitent des neuf mois de congé parental payés par le gouvernement. On se répartit les semaines comme bon nous semble.»

Le grand dégel

En plus des raisons sociologiques, le portrait économique de l’Islande moderne explique pourquoi les chèques de chômage y sont peu populaires. Au cours de leur vie, Audur et ses compatriotes ont vu leur pays se métamorphoser d’une petite île perdue de l’Atlantique Nord en une véritable ruche économique.

«Il y a 30 ans, on exportait du poisson et on importait tout le reste», raconte Ragnar Arnason, professeur d’économie à l’Université d’Islande. Il profite d’une très longue journée d’été – le soleil ne se couche pratiquement pas – pour s’enfiler une pinte de Viking sur une terrasse de Reykjavik. «Quand on a joint l’Espace économique européen en 1993 – l’Islande n’est pas membre de l’Union européenne –, la libéralisation de l’économie nous a fouettés.»

Le gouvernement a sabré les taux d’imposition des entreprises, vendu les sociétés d’État, privatisé les banques et mis le cap sur le développement de ses fabuleuses ressources énergétiques. Le barrage hydroélectrique de Karahnjúkar a été récemment construit au coût d’un milliard de dollars pour attirer Alcoa, toujours à la recherche de kilowattheures bon marché pour produire ses lingots d’aluminium. Rio Tinto Alcan s’est aussi installée au pays.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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