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International
Bosnie-Herzégovine

Effort de paix

Treize ans après la fin de la guerre, le tourisme aide la Bosnie-Herzégovine à se remettre lentement sur pied. Il contribue aussi à rapprocher les musulmans et les Serbes, qui se voient obligés de collaborer pour en maximiser les retombées économiques.

par Patrick Bellerose


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 10
novembre-décembre 2008


Efendic Fadida tient une boutique de souvenirs face au mausolée de Srebrenica, qui commémore le massacre de plus de 8 000 hommes musulmans par les forces serbes en 1995. Cette musulmane dans la cinquantaine a elle-même perdu son mari et son fils lors du génocide. Pourtant, elle a choisi de rester à Srebrenica, aujourd’hui peuplée principalement de Serbes. Comment peut-elle vivre au milieu des ennemis d’hier? «Je suis née ici, j’ai grandi ici», explique-t-elle.

Selon ses estimations, entre 300 et 500 personnes visitent chaque semaine le mausolée. Ceci inclut les proches des victimes, mais aussi de nombreux touristes. Ils viennent en groupes organisés, principalement de Turquie et d’Autriche, mais aussi des États-Unis et d’Europe de l’Ouest. «Ils achètent, ils mangent, ils dorment. Ça stimule l’économie.»

À bien des égards, l’histoire d’Efendic Fadida reflète les défis qui attendent la Bosnie-Herzégovine. En 1995, au sortir d’une guerre de trois ans qui a fait plus de 100 000 morts et 1,8 million de déplacés, le PIB du pays avait chuté de 75 % et les infrastructures étaient dévastées, particulièrement à Sarajevo. Les principales usines ont quitté le pays, tout comme une bonne partie des gens les plus éduqués. Pour couronner le tout, le pays a été divisé en deux entités reflétant les rivalités historiques : la République serbe de Bosnie, composée principalement de Serbes, et la Fédération de Bosnie et Herzégovine, où vivent surtout des musulmans et des Croates. Le haut-représentant de l’ONU chapeaute les deux entités, tout en mettant graduellement en place des institutions nationales.

Par ici, les touristes!

Heureusement, le pays peut compter sur de magnifiques paysages de montagnes et une ville riche en histoire, Sarajevo. Ainsi, le tourisme est devenu une des principales activités économiques, après les secteurs de l’énergie et de la construction. Des habitants ont commencé à ouvrir des auberges, des restaurants et à mettre sur pied des tours guidés.

Mais pour réussir dans cette nouvelle voie, les anciens belligérants doivent travailler ensemble. «Au début, quand nous nous présentions dans les foires internationales pour promouvoir la région, les gens voyaient deux groupes se battant pour les touristes», raconte le président de l’Association touristique de Bosnie-Herzégovine, Šemsudin Džeko. En 2003, les deux parties se sont rendues à l’évidence : «L’économie doit primer sur nos chicanes politiques.» La République serbe de Bosnie et la Fédération de Bosnie et Herzégovine ont donc créé cette association touristique pour faire front commun sur la scène internationale. «C’était la première fois que les gens d’affaires des deux entités collaboraient à un projet commun», se félicite Šemsudin Džeko.

Blessures de guerre

Depuis, l’Association crée tout le matériel promotionnel et présente une image d’unité dans les foires internationales. Toutefois, les brochures touristiques évitent de mentionner les éléments liés au récent conflit, comme le mausolée de Srebrenica. «Nous ne pourrions pas trouver un consensus [NDLR : entre Serbes et musulmans] sur la façon de présenter et d’interpréter ces endroits», dit Šemsudin Džeko après une longue hésitation.

Sur le terrain, on constate que la coopération est toujours difficile. «Je n’ai aucun problème à collaborer avec les Serbes», dit une employée de l’Association, qui souhaite garder l’anonymat. «Mais je n’oublie jamais qui sont les agresseurs.» Une situation observée aussi par Tim Clancy, un Américain vivant dans le pays et auteur de nombreux guides de voyage sur les Balkans. «Par exemple, il devrait y avoir des politiques, des taxes et des prix harmonisés entre les deux entités, dit-il. Mais la République serbe de Bosnie refuse de collaborer.» Il ne blâme pas celle-ci pour autant. «Dans les Balkans, les minorités ont peur de perdre leurs acquis. Alors les Serbes préfèrent garder leurs juridictions plutôt que laisser le contrôle au gouvernement national.»


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