À São Paulo, impossible de rater les motoboys. Danger public pour les piétons et les automobilistes, service essentiel pour quiconque a besoin d’une livraison express, ces messagers à moto sont un mal nécessaire dans la plus grande ville du Brésil, où s’entassent six millions de voitures pare-choc à pare-choc. Petit tour dans la circulation.

Au milieu d’un boulevard achalandé, nous roulons à vive allure entre deux files de voitures, zigzaguant et frôlant les rétroviseurs… Jusqu’à ce que l’étroit passage se referme. Nilson, mon pilote, donne un coup de klaxon bien senti. Comme par magie, le corridor se rouvre et nous voilà repartis de plus belle.
Conduire au milieu des embouteillages de São Paulo peut être oppressant. Mais à dos de moto, on n’a pas le temps de s’ennuyer! Après une trentaine de minutes de pure adrénaline, Nilson et moi descendons de l’engin sains et saufs. «J’y suis allé doucement», blague-t-il.
Nilson est ce qu’on appelle un motoboy, un livreur express à motocyclette. Papiers à signer d’urgence, paiements en retard, pizzas, médicaments… Les habitants de São Paulo se fient aux motoboys pour expédier efficacement tout et n’importe quoi d’un bout à l’autre de la ville. La mairie estime de 150 000 à 300 000 le nombre de ces coursiers sur deux roues.
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Devenir motoboy est simple. Las de son boulot d’apprenti menuisier, Nilson a troqué le marteau contre un casque en 2001. «J’ai acheté une moto, j’y ai installé un coffre et j’ai imprimé des cartes pour faire connaître mes services», lance-t-il avant de filer avec un autre colis.
Faute de savoir faire autre chose ou pressés de mettre du pain sur la table, nombreux sont les hommes, mais aussi les femmes, à intégrer ce métier facile d’accès et très demandé. C’est le cas de Thomas, 31 ans. Voilà 12 ans qu’il sillonne les rues de la mégalopole avec sa petite cylindrée. «On choisit ce boulot par besoin et non par goût. C’est fatigant, stressant et très dangereux. Chaque soir, je remercie Dieu de revenir en un morceau à la maison», soupire-t-il.
Le risque d’y laisser sa peau est élevé : les autorités déplorent 25 accidents de cyclomoteur par jour, dont 1 mortel. «Les motos représentent 10 % de la flotte de véhicules à São Paulo, mais 35 % des accidents avec victimes fatales», rapporte Nancy Reis Schneider, du Département de l’éducation et sécurité de la Compagnie d’ingénierie du trafic. «Comme la plupart des motoboys sont payés à la course, la pression les incite à commettre toutes sortes de violations», ajoute-t-elle.
«Ils m’ont déjà cassé deux miroirs», relate Alessandra, avocate. Enrique, employé d’une banque, a lui aussi en horreur les «chiens fous», comme on surnomme les plus audacieux. «Ils surgissent de nulle part, n’observent aucune règle, et si on a le malheur de changer de voie alors qu’ils s’en viennent, on se fait insulter», dit-il.