Pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest, Haïti est souvent vu comme une terre de désespoir. Mais une compagnie de cellulaires y a plutôt décelé un potentiel de croissance, et le visage de ce coin des Caraïbes s’en trouve transformé.

En avril 2008, lors des émeutes de la faim qui ont causé des dégâts estimés à près de deux millions de dollars américains en Haïti, la compagnie de téléphonie cellulaire Digicel a été la seule entreprise épargnée. «Digicel a suscité de l’espoir en créant des milliers d’emplois. S’il y avait eu plusieurs compagnies comme Digicel, il n’y aurait pas eu autant de casse», estime Jean-Robert Argant, ex-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti.
Depuis son implantation en 2006, cette multinationale a en effet créé 800 emplois directs et 100 000 emplois indirects en Haïti. Une manne si l’on considère que le taux de chômage atteint 50 %.
Mais en réalité, des millions d’Haïtiens profitent de la petite révolution que Digicel a engendrée. Avant l’arrivée de ce quatrième opérateur de télécommunications, seulement 3 % de la population avait accès à une ligne téléphonique terrestre et 7 % pouvait s’offrir le cellulaire – un téléphone portable coûtait alors 75 $. Depuis que Digicel fait partie de leur vie, 46 % des Haïtiens ont maintenant accès à son réseau sans fil, qui englobe la quasi-totalité du territoire national. Le prix d’un appareil, lui, a chuté à 22,50 $.
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«Digicel, sé pam» (Digicel, c’est à toi), lit-on sur les panneaux publicitaires géants. Et de fait, tout le monde veut son Digicel. «Grâce au cellulaire, je ne dois plus attendre de retourner au magasin pour parler à mon patron concernant une livraison. Je peux lui demander tout de suite ce qu’il faut faire. Je perds donc moins de temps dans les embouteillages à Port-au-Prince», souligne Marco Mirvil, un chauffeur de 41 ans.
«Digicel n’a pas seulement changé ma vie mais celle de tous les malheureux comme moi», dit Francky Reed Forest, 38 ans. «Sans Digicel, je n’aurais pas pu travailler en province, car je n’aurais pas été en contact avec ma famille qui vit à Port- au-Prince.» Cet aide-cuisinier a une relation spéciale avec son cellulaire. Photos, films de karaté, musique, il y stocke tout. Dès qu’il a une pause, Francky plonge dans les entrailles de son portable pour y ajouter de nouvelles données. Il est la preuve vivante de «la relation charnelle que le peuple haïtien a développée envers notre compagnie», commente Ghada Gebara, pdg de Digicel Haïti.