Trouvez un article

Rechercher

International

Haïti sans fil (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009

Une nouvelle approche

«Lorsque les autres opérateurs ont évalué le marché, ils n’ont regardé que la frange de la population qui avait des moyens, explique Ghada Gebara. Nous n’avons pas cette approche. La culture Digicel est de casser les monopoles pour offrir le téléphone à tout le monde à travers un réseau d’une qualité supérieure à ceux disponibles actuellement aux États-Unis ou en Europe. Nous avons refusé de dire que parce que c’est Haïti, on doit faire les choses à moitié.»

Le succès de Digicel en Haïti doit beaucoup au caractère fonceur et innovateur de cette Libanaise de 39 ans. Sous sa direction et avec l’accord du Conseil National des Télécommunications, Digicel a réussi à obtenir la gratuité pour tous les appels entrant en Haïti. Elle a aussi été à l’origine de l’interconnexion entre les différents opérateurs de téléphonie mobile.

Pub.

Résultat : «Les Haïtiens s’identifient à leur cellulaire, qui leur permet aussi d’évoluer économiquement», explique Ghada Gebara, en suggérant que Digicel aurait contribué à relever le produit intérieur brut d’Haïti de 5 % en deux ans.

Pour le sociologue et chercheur Laënnec Hurbon, «Digicel est la compagnie la plus révolutionnaire que nous ayons connue en Haïti. C’est la première fois qu’une multinationale prend l’ensemble de la population haïtienne pour des consommateurs. C’est une entreprise modèle qui a tenu compte de la bourse des petites gens.» Les cartes Digicel se vendent 50 ou 100 gourdes (entre 1,25 $ et 2,50 $) et les clients plus aisés rechargent leur cellulaire pour 500 à 1 000 gourdes, soit entre 12,50 $ et 25 $. L’appel local coûte 5 gourdes la minute, soit 10 cents.

Laënnec Hurbon note aussi que Digicel s’est distinguée des autres entreprises en réinvestissant une part de ses profits dans des projets à caractère social. Ainsi, en mars 2007, Digicel a inauguré la Fondation Digicel Haïti, un organisme sans but lucratif qui a, entre autres, construit 20 écoles au cours de sa première année d’existence. Elle a aussi lancé, avec le soutien de l’organisation internationale Trees For Life, un programme d’éducation sur l’environnement destiné à faire comprendre l’importance des arbres dans un pays ravagé par le déboisement. En septembre 2008, à la suite du passage de quatre cyclones, Digicel a fait don de un million de dollars américains pour venir en aide aux familles sinistrées.

Toutefois, Digicel ne peut, à elle seule, sauver Haïti. Le succès de l’entreprise demeure sectoriel et, tant que ses acquis ne seront pas consolidés par une réglementation en bonne et due forme, ils resteront à la merci de la corruption administrative et de l’instabilité politique qui, hélas, font la réputation du pays. Au moins, sa contribution a le mérite de repousser les limites de l’impossible.

Ce reportage a été rendu possible grâce à une bourse Nord-Sud attribuée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et financée par l’Agence canadienne de développement international.


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS