La ville de Portland, en Oregon, est tellement imprégnée de la mentalité écolo que le transport en commun y est gratuit dans les quartiers centraux. Mais la récession vient remettre en question le concept du Fareless Square, qui fait la fierté verte de la ville depuis 34 ans.

Atterrir à Portland, c’est comme atterrir sur la Terre telle que rêvée par les écolos les plus hardis. Tout d’abord, le trajet en train d’une demi-heure entre l’aéroport et le centre-ville ne coûte que 2,30 $US. Plus commode que cela, il faut aller en Europe. Puis, en déambulant au cœur de la cité, on s’aperçoit que la flotte de véhicules municipaux fonctionne à l’électricité ou au biodiesel. À l’heure de casser la croûte, on remarque l’abondance de nourriture bio, équitable, végétarienne ou végétalienne offerte dans les épiceries et restaurants. Le samedi, s’il fait beau, on flânera sûrement quelques instants au Saturday Market, le plus grand marché d’artisanat en plein air des États-Unis. On y croisera immanquablement des musiciens barbus jouant une chanson des Grateful Dead, entre deux stands de nourriture. Hippies don’t die. They just move to Oregon, dit l’adage local.
C’est dans ce terreau fertile qu’a fleuri le Fareless Square, une zone du centre-ville qui s’étend sur un territoire de 3,5 km2 équivalent à 330 pâtés de maisons. On s’y déplace sans frais en bus, en tramway ou en train léger, pourvu que l’on monte et descende à l’intérieur de ses limites. Les passagers qui commencent ou terminent leur trajet à l’extérieur doivent cependant payer. En 2006, 86 000 usagers circulaient quotidiennement dans le Fareless Square.
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Mais tout n’est pas rose dans la ville la plus verte des États-Unis. Après avoir connu des pics de fréquentation en 2008 alors que l’essence coûtait 4 $ le gallon, TriMet, la société de transport locale, a dû couper dans sa main-d’œuvre et ses heures de service en raison de la récession. Il faut maintenant patienter jusqu’à 20, voire 30 minutes au lieu de 15 à certains arrêts. Des itinéraires d’autobus pourraient être modifiés, d’autres carrément éliminés, indique-t-on chez TriMet. Quant à la gratuité, elle vit actuellement ses dernières heures.
Or, les pertes d’emplois ont réduit le nombre de contribuables, lesquels financent aussi TriMet par l’achat de titres de transport lorsqu’ils se rendent au boulot. En juin 2009, le taux de chômage de la région métropolitaine de Portland atteignait 11,7 %, en hausse de 6,3 points depuis un an – l’une des pires augmentations au pays.
À ces manques à gagner s’ajoutent les un à deux millions de dollars que TriMet estime perdre annuellement pour cause de non-paiement dans le Fareless Square. Qu’ils soient mal intentionnés ou négligents, certains usagers montent à bord dans la zone gratuite mais descendent passé celle-ci et omettent de payer. C’est sans compter le problème, récurrent, de la sécurité. «Des gens montent dans les autobus pour conclure des ventes de drogue», dit Mary Fetsch, porte- parole de TriMet.