Les Danois se sont vantés d’avoir le plus bas taux de chômage en Europe l’an dernier. Leur secret : un système au nom étrange de «flexicurité», qui permet d’engager et de licencier facilement les travailleurs, en échange d’un filet social plus que confortable. Mais franchira-t-il l’épreuve du temps?

Les portes s’ouvriront dans une heure au parc d’attractions TIVOLI à Copenhague. Derrière l’immense clôture, c’est le branle-bas de combat. Tout doit être prêt pour accueillir les milliers de visiteurs qui franchissent les tourniquets chaque jour. Johanna Lampeitl et Martin Ostervold, deux jeunes de 21 ans, s’occupent du casse-croûte sur le site. En ce temps de crise, ils sont bien heureux d’avoir du travail.
Les employés de TIVOLI sont conscients qu’ils perdront leur emploi après Noël, quand le parc fermera pour trois mois cet hiver. Mais ils ne semblent pas s’en préoccuper. «Entre deux emplois, nous avons au moins la chance d’avoir de bonnes prestations de chômage», dit Martin. Cette confiance, ils la doivent en partie à la «flexicurité» danoise. Un modèle économique généreux, certes, mais mis à l’épreuve par la récession.
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Mais chômage ne rime pas avec oisiveté dans ce royaume d’Europe du Nord. Les sans-emploi sont obligés de suivre des formations pour acquérir les compétences qui leur manquent pour se replacer; c’est ce qu’on appelle les politiques d’activation. De plus, ils sont tenus d’accepter le premier emploi qui leur est offert à moins de 100 kilomètres de chez eux. S’ils parviennent à trouver mieux, ils peuvent cependant démissionner en donnant huit jours de préavis. Chaque année, plus de 600 000 Danois changent ainsi de boulot.
«Notre modèle a fait ses preuves depuis 15 ans», note Flemming Kuehn Pedersen, conseiller au ministère de l’Emploi. Et pour cause : depuis 1994, année d’entrée en vigueur de cette petite révolution en terre socio-démocrate, le taux de chômage est passé de plus de 10 % à 1,7 % en 2008.
En 2009, le taux de chômage du Danemark a cependant plus que doublé, pour s’établir à 3,7 % en juillet. Avec la récession, les grandes entreprises installées au pays ont licencié en masse, en particulier dans les domaines de la construction et des exportations.
Des milliers de travailleurs se sont retrouvés sans emploi et certains, sans revenu. «Plusieurs ne se qualifiaient pas pour obtenir leurs prestations de chômage», soutient Thomas Jørgsensen, un spécialiste des conditions de travail au sein du gouvernement. Pour y avoir droit, les salariés doivent avoir cotisé à un fonds d’assurance-chômage depuis au moins un an et doivent avoir travaillé au moins 12 mois au cours des trois dernières années. Mais tout le monde ne répond pas à ces critères.