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La Palestine est une des régions du monde les plus dépendantes de l’aide internationale. Même la création d’emplois y est tributaire du bon vouloir des ONG, de l’ONU et des agences de développement comme l’ACDI et USAID. Bénédiction ou asservissement?

Aide américaine dans un petit village
Maïssa s’estime très chanceuse. Cette jeune Palestinienne de Naplouse n’a mis qu’une semaine à dégoter un emploi après son bac en littérature française à l’Université An-Najah. «À Naplouse, le taux de chômage est très élevé. Sur les quarante-trois étudiants de ma promotion, seuls cinq ont trouvé du travail», explique-t-elle. Depuis juin 2008, elle assure les fonctions de coordonnatrice des cours de français pour l’ONG canadienne Project Hope.
L’aide humanitaire ratisse large en Palestine. De l’ordre de 500 $US par habitant en 2006, elle représentait environ un tiers du produit intérieur brut, estime Shir Hever, économiste israélien au Centre d’information alternatif de Jérusalem. Heureusement, car le nombre de permis de travail accordés par Israël a considérablement diminué ces dernières années. En 2000, juste avant la deuxième Intifada, 125 000 Palestiniens, soit 20 % de la population active, gagnaient leur vie du côté israélien. En 2002, ils n’étaient plus que 7 500, un effectif tout de même remonté à 45 000 en 2008. N’empêche, «toute une catégorie de travailleurs dépendent des aides extérieures pour assurer leur emploi», note Shir Hever.
Ainsi, l’ONG Médecins du Monde France emploie une quarantaine de Palestiniens. «Cela ne fait pas partie de nos objectifs, mais notre activité participe à régler une part des problèmes de chômage», explique Salah Daraghmeh, coordonnateur régional de l’organisme.
Avec un taux de chômage de presque 18 % en Cisjordanie et de 30 % à Gaza, travailler pour une ONG est une perspective alléchante pour la population palestinienne. Le salaire mensuel d’un coordonnateur pour une ONG locale tourne autour de 3 800 NIS (New Israeli shekel, environ 1 000 $CAN), bien au-dessus du salaire moyen de 2 400 NIS (670 $CAN). Une ONG internationale peut payer le double, en plus de fournir assurance santé, cellulaire et véhicule avec chauffeur.
![]() Cours d’anglais de Project Hope |
D’autres organismes aux budgets plus modestes choisissent l’approche grass roots, basée sur la communauté. Ainsi, Project Hope, qui organise des ateliers d’art et de langues dans les écoles, fait appel à plusieurs dizaines de bénévoles internationaux et palestiniens tout en employant onze salariés locaux. «J’ai déjà eu l’occasion de travailler dans des ONG où 80 % du budget était consacré au fonctionnement et à l’achat de véhicules tout-terrains, déplore Hakim Sabbah, directeur palestinien de Project Hope. Nous préférons fournir du travail à plus de personnes, quitte à moins les payer.»
Les heureux élus bénéficient d’une expérience riche, souvent ouverte à l’international, un atout non négligeable dans un CV. Or, la tendance à employer des cadres locaux n’est pas systématique et relativement récente. Salah Daraghmeh est ainsi le premier coordonnateur palestinien employé par Médecins du Monde. En général, les ONG recherchent le juste équilibre entre les travailleurs locaux, irremplaçables pour leur connaissance du terrain, et les expatriés, qui bénéficient d’une plus grande liberté de mouvement à travers les points de contrôle en Israël ou à Gaza.
L’aide humanitaire en Palestine
NOMBRE ESTIMÉ DE SALARIÉS : 20 000
NOMBRE D’ORGANISMES : environ 2 500, dont 100 à 200 organismes internationaux
PART DU PIB : 10 % en 1999, 50 % en 2002 et 30 % en 2006
Sources : Bureau des statistiques palestinien, ministère palestinien de l’Intérieur, le Dr Sattar Qassem, professeur de sciences politiques à l’Université An-Najah