En Abitibi-Témiscamingue, les pertes d’emplois dans le secteur forestier ont fait couler beaucoup d’encre. Mais la situation n’est pas aussi noire qu’il n’y paraît. Le ciel fait une éclaircie au Nord.

Difficile d’évaluer l’impact de la crise forestière en Abitibi-Témiscamingue ces dernières années. D’abord, on compte beaucoup de fermetures temporaires d’usines, variant de quelques semaines à quelques mois. De plus, les fusions et les acquisitions dans ce secteur ne cessent de brouiller les cartes.
Par exemple, Conifex a racheté les scieries de Domtar en juin dernier et Abitibi-Consolidated et Bowater ont annoncé leur fusion au début de 2007. Ces regroupements entraînent souvent une rationalisation des effectifs, ce qui complique le calcul des pertes d’emplois. «Ce que l’on sait assurément, c’est qu’il y a dix ans, l’industrie de première transformation du bois comptait 6 000 emplois dans la région et qu’en 2007, il n’y en a plus que 5 000», dit Luc Blanchette, économiste pour l’Abitibi-Témiscamingue à Service Canada.
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La bonne nouvelle, c’est que le travail dans la deuxième et la troisième transformation du bois se développe bien. L’emploi a plus que triplé dans ces secteurs. «On est passé de 200 emplois en 1997 à environ 700 en 2007», ajoute l’économiste.
En outre, malgré les revers de l’industrie forestière, le marché du travail reprend de la vigueur en Abitibi-Témiscamingue. Pas moins de 2 400 emplois ont été créés en 2006 alors que l’année 2005 s’était soldée par la perte d’environ 1 400 postes. Et la croissance de l’emploi devrait se poursuivre. D’ici à 2009, Service Canada anticipe la création nette de 200 nouveaux postes et le remplacement de 4 700 départs à la retraite.
Avec ses 950 employés, la compagnie Agnico-Eagle, qui compte trois mines d’or en Abitibi-Témiscamingue (LaRonde, Lapa et Goldex), figure parmi les grands recruteurs. «Depuis l’été 2006, nous avons embauché 300 personnes et nous recherchons 200 travailleurs supplémentaires, indique Claude Léveillée, directeur régional des ressources humaines de la compagnie. On a notamment besoin de mécaniciens, d’électriciens, de mineurs, de techniciens en exploitation et en minéralurgie et d’ingénieurs des mines et de la métallurgie.»
La construction se porte également très bien dans la région et devrait générer un important lot d’emplois. Stavibel, par exemple, une firme de génie-conseil qui possède trois bureaux en Abitibi, a presque doublé son personnel au cours des derniers mois, passant d’environ 120 à 205 employés. Et ce n’est pas fini! «Nous recherchons encore des ingénieurs et des techniciens possédant de trois à cinq ans d’expérience dans différentes spécialités comme le génie civil, le génie électrique et le génie mécanique, explique Madeleine Lamoureux, conseillère en ressources humaines chez Stavibel. Nous avons embauché de nombreux jeunes diplômés et maintenant nous avons besoin de personnel pour les encadrer. Notre croissance est principalement liée à la bonne santé de l’industrie minière. Plusieurs gros joueurs comme Agnico-Eagle, la Société minière Raglan et la Fonderie Horne comptent parmi nos clients.»
Le chantier d’Eastmain-1-A, qui vise à construire deux centrales hydroélectriques dans le Nord-du-Québec, absorbe également beaucoup de main-d’œuvre spécialisée en construction en provenance d’Abitibi-Témiscamingue, selon Luc Blanchette.
Enfin, le tourisme apporte de l’eau au moulin, même si cela ne représente encore qu’une poignée d’emplois. «Depuis cinq ou six ans, on sent que ce secteur est en progression, soutient Denis Jodouin, directeur général de la Société d’aide au développement des collectivités de Rouyn-Noranda. Par exemple, un film comme Il parle avec les loups [un documentaire sur Michel Pageau qui recueille et soigne des animaux sauvages blessés dans un refuge près d’Amos] nous a donné un bon coup de pouce et a contribué à attirer des visiteurs.» Il note aussi que le spectacle historique à grand déploiement Paradis du Nord, présenté à La Sarre pour une troisième année consécutive, attire également son lot de touristes.
«Cette enquête a aussi révélé que pour pallier ce manque de travailleurs, 28 % des entreprises anticipaient de devoir embaucher des employés moins qualifiés, 25 % pourraient avoir à réorganiser le travail et 22 % à former des travailleurs à l’interne ou à multiplier les heures supplémentaires», explique Sabrina Morin, agente de recherche à Emploi-Québec, Abitibi-Témiscamingue.
«D’ici trois à cinq ans, le manque de main-d’œuvre pourrait poser des problèmes de croissance aux entreprises. Certaines firmes de génie-conseil liées au secteur minier disent se limiter parce qu’elles manquent de ressources humaines», fait valoir Denis Jodouin. «Nous n’avons pas encore refusé de contrats, mais cela demeure une possibilité, car nous exploitons déjà nos ressources à pleine capacité», note pour sa part Madeleine Lamoureux, de Stavibel.
«Si les employeurs ne parviennent pas à recruter, il est possible qu’ils doivent former de la main-d’œuvre sur le tas ou qu’ils aient recours à la sous-traitance», conclut Luc Blanchette. Mais les intervenants demeurent optimistes. Le passé de défricheurs des habitants de l’Abitibi prouve que la région sait se retrousser les manches et relever des défis.