
Normand habite l’un des appartements aménagés à l’intérieur du mur. On y trouve des chambres pour célibataires (une simple pièce avec un lit mural que l’on descend quand vient l’heure de dormir et où l’on partage une salle de bain avec trois autres chambreurs), des studios (le luxe : on a sa propre salle de bain!), des 3 ½, des 4 ½ et quelques 5 ½. Les mineurs qui vivent avec leur famille ont droit aux appartements plus grands, et éventuellement à une maison à l’extérieur du mur-écran. Célibataire, Normand se contente d’un studio.
Contrairement à bien des Fermontois, il n’aime pas la motoneige et ne pratique pas la pêche en été. Pour passer le temps, il lit, fait son ménage, arpente les interminables corridors du mur et visite les quelques commerces à l’intérieur.
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À l’occasion, quand il a vraiment besoin de changer d’air, il descend à Montréal, une joyeuse balade de 16 heures en voiture. Les 600 premiers kilomètres pour se rendre à Baie-Comeau sont réputés quasi suicidaires. La fameuse 389 est une route de gravier aux courbes peu inspirantes. En hiver, qui s’étire facilement sur sept mois, mieux vaut attacher sa tuque!
Les gars de la mine rêvent d’ailleurs d’amener la ministre des Transports Julie Boulet jusqu’à Fermont dans la «boîte d’un pick-up», pour la convaincre de débloquer le budget nécessaire à sa réfection.
Mais Normand n’est pas du genre à se plaindre. «J’aime vivre dans le mur. Je me sens en sécurité, je connais tout le monde. Le seul désavantage, c’est que quand on croise quelqu’un, on parle tout le temps de job. C’est normal, on est tous à Fermont pour le travail. Sans la mine, on ne serait pas ici.»
La vie y en effet réglée autour des activités de la mine de fer. Des 2 700 habitants de Fermont, un peu plus de 1 000 travaillent pour ArcelorMittal. Ils sont conducteurs de machinerie lourde, mécaniciens, électriciens, soudeurs, ingénieurs miniers…
La plupart d’entre eux bossent 12 heures par jour, de 8 h à 20 h, ou de 20 h à 8 h. Quand une horde de travailleurs quitte Mont-Wright pour aller au lit, une autre équipe se lève et prend le relais. L’émission de radio matinale diffusée de l’intérieur du mur se nomme, fort à propos, Bonjour, bonne nuit. On n’a qu’à choisir!
«Les gars font quatre shifts de nuit en ligne, puis quatre shifts de jour; il y a quatre journées de congé entre les deux», explique Denis Bourgeois avec son bel accent des Îles-de-la-Madeleine. Lui-même conducteur de camion-citerne à la mine, il attend son prochain quart de travail confortablement assis dans les gradins de l’aréna, en regardant son fils s’entraîner au hockey.
Denis passe 12 heures par jour dans son camion, pauses comprises. «Trop froid dehors.» Et ses quatre journées de congé sont souvent écourtées. Comme la plupart des employés de la mine, il fait des heures supplémentaires. Assez, dans son cas, pour partir six semaines aux Îles-de-la-Madeleine pendant l’été avec ses deux enfants et sa femme, Lucie, qui tient à Fermont le salon d’esthétique Boréal. «Je suis arrivé ici il y a 13 ans, dit Denis. On a tout ce qu’il nous faut dans le mur, mais ça fait du bien de sortir de temps en temps.»
En travaillant à Mont-Wright, les conducteurs de machinerie lourde peuvent facilement décrocher 100 000 $ par année avec les heures supplémentaires. Un concierge : 50 000 $! Selon Statistique Canada, les gains moyens en 2005 de la population de 15 ans et plus se chiffraient à 62 999 $ pour les habitants de Fermont, contre 25 464 $ pour le reste du Québec. Faire son épicerie dans le mur a beau coûter 15 % de plus en moyenne qu’ailleurs au Québec, il n’y a pas de quoi se plaindre sur le plan salarial. Le régime d’assurance et de retraite d’ArcelorMittal? «Une Cadillac dorée», assure Isabelle Tremblay, conseillère en ressources humaines pour la compagnie.
À FERMONT, IL N’Y A PAS…
De feux de circulation.
De chômage.
De jeunes de 17 à 20 ans (ou presque). Faute de cégep ou d’école secondaire technique, ils partent faire des études en bas. Certains reviennent plus tard travailler à Fermont.
De facteur. Les Fermontois vont chercher leur courrier au bureau de poste du mur.
De salle d’accouchement. Les femmes enceintes reçoivent un billet d’avion un mois avant la date prévue, généralement vers Sept-Îles.
De disquaire ou de librairie. On trouve quand même une petite sélection de livres au Bur-O-Son, magasin général qui fait aussi office de papeterie, de bijouterie, de concession Sears et même de sex-shop.
De cimetière.