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Régions - Côte-Nord

Une semaine dans le mur de Fermont (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 2
février 2009


Le «trou» de la mine à ciel ouvert de Mont-Wright. La plus vaste au Québec.

Le mur a des oreilles

Si le logement est le problème numéro un pour attirer la main-d’œuvre à Fermont, l’isolement arrive certainement bon deuxième. Le mur a beau être équipé d’une piscine semi-olympique, d’un aréna, d’un centre de musculation et d’une allée de bowling; le club optimiste a beau organiser des soupers spaghettis et des soirées de danse en ligne; on a beau diffuser le bingo à la radio les mercredis soir, tous ne sont pas séduits.

Vous voulez prendre un verre entre amis? Vous aurez peut-être quelques surprises. Au seul bar installé dans le mur, le Fer-Tek, les strip-teases viennent avec la bière. Une nouvelle cohorte de danseuses, de deux à six selon les semaines, débarque à l’hôtel chaque mercredi pour prendre la relève de la troupe précédente.

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Pour voir autre chose, il faut traverser la frontière et parcourir les 27 km qui mènent à Labrador City, chez «les Anglais». La relation entre les deux communautés n’est pas des plus cordiales, mais plusieurs Fermontois sortent quand même au K-bar, magasinent au Wal-Mart, vont souper au Pizza Delight ou au «chinois» du Labrador de temps à autre.

Hughes, un conducteur de machinerie lourde originaire de la région de Québec, n’en peut plus du mur. «Même le bar de danseuses, je commence à être tanné. Des fois, je voudrais sortir prendre un verre sans me faire mettre une paire de totons en pleine face.» Sa blonde l’avait suivi à Fermont. Elle n’a pas fait long feu et le couple s’est séparé.

Si Hugues accepte de me parler ouvertement de ses impressions, il refuse toutefois que son vrai nom soit publié. «Si je chiale et que tu l’écris, tout le monde va le savoir.» Le mur a des oreilles...

Au départ, Fermont devait lui permettre de réaliser ses rêves de conduire de gros camions et de gagner beaucoup d’argent. Les deux se sont matérialisés, mais il est malheureux comme la pierre qu’on concasse à la mine. «J’ai deux ans et demi de faits, dit-il comme un prisonnier racontant sa peine. J’ai remboursé mes dettes, mais je veux rester encore deux autres années pour me ramasser un magot avant de retourner en bas. C’est comme ça. Je suis à l’argent.»

Seul antidote à son ennui : la motoneige, un «sport» qu’il a récemment découvert. «J’en suis à mon deuxième ski-doo et j’en reluque un nouveau de 15 000 $. C’est sûr que ça retarde mon départ, ce genre de dépense, mais c’est plus fort que moi.»

Se faire une nouvelle copine? Mission impossible, dit-il. «Les filles célibataires se comptent sur les doigts de la main.» Vérification faite, il y a 1,2 homme pour chaque femme à Fermont, selon le dernier recensement de Statistique Canada. C’est sans compter les travailleurs du «parking de roulottes»… Tous des hommes.

Contrairement aux employés d’Arcelor­Mittal, les travailleurs du lac Bloom ne sont pas établis en permanence à Fermont. Ils viennent quelques semaines, repartent et sont remplacés par d’autres. Ils n’ont pas la meilleure réputation en ville. Une fois leur journée de travail terminée, ils s’installent dans le mur pour regarder passer les filles.

«Dès que je me promène dans le mur, je me sens comme une tranche de steak. Quand un gars me parle, je me demande si c’est moi qui l’intéresse, ou s’il veut juste se pogner une fille à tout prix.»
— Sophie-Andrée Fiset-Soucy

Pour ces dernières, surtout les célibataires, la vie dans le mur n’est pas toujours commode. Native de Fermont, Sophie-Andrée Fiset-Soucy est revenue dans sa ville natale pour occuper un poste à l’école primaire, après avoir obtenu son baccalauréat à l’Université Laval. Âgée de 24 ans, elle habite dans un appartement de la commission scolaire. C’est l’une des rares filles célibataires de Fermont. «Dès que je me promène dans le mur, je me sens comme une tranche de steak. Quand un gars me parle, je me demande si c’est moi qui l’intéresse, ou s’il veut juste se pogner une fille à tout prix.»

«En plus, je n’ai pas droit à l’erreur, ajoute-t-elle. À Québec, je pouvais avoir une relation amoureuse, y mettre fin, et c’était fini. Ici, tout le monde va le savoir et en parler. Ça va me suivre toute ma vie.» Comme les autres célibataires de Fermont, Sophie-Andrée va à l’occasion trinquer au Fer-Tek. Elle y croise des parents d’élèves qui lui font de gros yeux. Elle a appris à ne pas s’en soucier. «Le bar de danseuses, ça ne m’a jamais vraiment dérangée. J’ai grandi avec ça. J’ai toujours dit à mes chums de gars à l’université que j’avais vu plus de filles toutes nues qu’eux dans ma vie. Mais depuis l’arrivée des travailleurs du lac Bloom, c’est devenu franchement désagréable.»


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