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Régions - Côte-Nord

Une semaine dans le mur de Fermont (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 2
février 2009


«Je partirai une fois morte, et seulement parce qu’il n’y a pas de cimetière ici.»
— Laurence Turbide

Fermont nostalgie

Les pionniers de Fermont secouent tristement la tête lorsqu’ils entendent ce genre d’histoire. Car autant il se trouve de jeunes travailleurs pour casser du sucre sur le dos du mur, autant il se trouve d’«authentiques» Fermontois prêts à encenser leur ville. «C’est la meilleure place au monde pour élever des enfants, répètent ad nauseam les plus vieux. Il n’y a pas de violence comme à Montréal.»

«On a tout ici : la piscine, le gymnase, l’aréna et, en plus, la nature est tellement belle», dit Danie Chamberland, directrice des services infirmiers, arrivée à Fermont il y a 19 ans pour suivre son chum. «Pour le ski-doo, il n’y a pas mieux. On n’a même pas besoin d’un trailer comme en ville. On part directement de la maison.»

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«On ne souffre jamais vraiment du froid parce que ce n’est pas humide», renchérit fièrement son patron, Normand Ducharme, directeur général du Centre de santé. «Même à -30 °C, les enfants jouent dehors!»

Il ajoute que contrairement à bien d’autres patelins, sa ville n’a aucun problème à recruter des médecins. Il y en a 7 pour une population de 2 700 habitants! Fermont compte aussi 15 infirmières, 3 pharmaciens, 1 psychologue, 1 travailleuse sociale, des techniciens de laboratoire...

Si les jeunes récemment recrutés par Arcelor­Mittal n’arrivent pas à trouver leur bonheur à Fermont, c’est parce qu’ils ne participent pas suffisamment aux activités de la ville, déplorent les plus vieux. Ils viennent faire une «passe de cash», point à la ligne.

D’autres montrent du doigt les quarts de travail de 12 heures, instaurés ces dernières années à la mine. Ils étaient de huit heures il n’y a pas si longtemps. Les clubs sociaux et sportifs en ont pris pour leur rhume. Personne n’a envie d’une partie de hockey après avoir conduit un camion pendant 12 heures.

«Le club de curling est mort et celui de bowling n’est pas fort», se désole Jacques Maltais, qui travaille à l’entretien des appartements du mur pour ArcelorMittal depuis près de 30 ans. Il fait aussi office de clown lors des fêtes populaires comme le Festi-Mur. «La ville a perdu de son âme. Même aux pièces de théâtre, il n’y a plus grand monde.»

Évidemment, la vie à Fermont n’a pas toujours été facile au cours des 30 dernières années. Jacques Maltais se souvient de périodes de négociations, de grèves ou de mises à pied, où la vie dans le mur était aussi terne que la couleur de ses corridors. Les relations employés-employeur tournent vite au vinaigre quand on se croise non seulement au travail, mais aussi à tous les coins du mur.

Qu’importe pour Jacques! Fermont, c’est chez lui. Il connaît le mur comme le fond de sa poche. Il le quittera néanmoins d’ici un an pour aller s’installer à Baie-Comeau. Il arrive à la retraite et devra remettre les clés de son appartement à ArcelorMittal. Il dit avoir commencé son deuil. «La ville est en transition. J’ai déjà plusieurs amis qui sont partis. D’autres vont suivre.»

Normand Ducharme, directeur du Centre de santé, en a encore pour quatre ou cinq années avant de remettre les clés de sa maison. Ses enfants sont attachés à leur «belle place». Un de ses garçons est parti suivre un cours de technique en électrodynamique pour revenir travailler à la mine. «Dans cinq ans, je perds mon logement. J’irai où? Ça coûte au bas mot 300 000 $ pour construire une maison individuelle ici. Et si la mine ferme un jour, ce sera une perte nette. La maison ne vaudra plus rien.»

Il n’y a que Laurence Turbide, 86 ans, qui semble déterminée à rester. Elle a de la chance, elle a réussi à mettre la main sur l’un des douze logements sociaux de la ville. Comme plusieurs Fermontois, elle est arrivée en 1985, lors de la fermeture de Gagnon, une ville minière située à quelque 200 km plus au sud. Le clocher de l’ancienne chapelle de Gagnon trône aujourd’hui devant la petite église de Fermont. «J’ai tout quitté et je suis venue ici, raconte Laurence Turbide. Me déraciner une nouvelle fois? Il n’en est pas question. Je partirai une fois morte, et seulement parce qu’il n’y a pas de cimetière ici.»

Fermont, dit-elle, c’est plus qu’un mur et une mine. «J’ai des enfants, des petits- enfants et des arrière-petits-enfants ici. C’est ma famille, c’est mon histoire.»


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