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Régions - Estrie

Remonter la pente

Frappée par la concurrence étrangère, l’industrie manufacturière se déplume en Estrie. Mais les fabricants de la région recommencent à faire de bonnes affaires en s’orientant vers des produits spécialisés.

Par Anick Perreault-Labelle
Coordination : Julie Leduc


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 7 Août 2007


Depuis 2003, en Estrie, plusieurs manufacturiers ont fermé boutique, dont l’usine d’abattage et de transformation de porcs Olymel, à Magog, et le producteur de magnésium Magnola, à Asbestos. Ailleurs, comme chez le fabricant de joints d’étanchéité pour automobiles GDX Automotive, le personnel a subi une cure minceur. Au total, 11 000 emplois manufacturiers ont été perdus en 4 ans. Un coup dur pour ce secteur qui fait vivre un travailleur sur quatre dans la région.

L’industrie de la fabrication en Estrie a pourtant connu de bonnes années : en 2003, elle employait plus de 40 000 personnes, soit environ le double du début des années 1990. Le hic? «Ces entreprises ont tardé à investir dans la recherche et le développement et ont continué à produire de gros volumes avec peu de valeur ajoutée», analyse Gilles Lecours, économiste à Emploi-Québec Estrie. Résultat : leurs produits ont maintenant du mal à faire concurrence à ceux fabriqués à moindre coût dans les usines chinoises ou mexicaines. Le fabricant de pièces électroniques et informatiques Solectron, par exemple, mettra fin à ses activités sherbrookoises ce mois-ci, entraînant la perte de 260 emplois. «Même si les salaires sont bas ici, ils le sont encore plus ailleurs», dit Corey Olefert, directeur des relations publiques de cette firme californienne. La direction a donc décidé de répartir cette production dans d’autres usines, en Europe de l’Est ou en Amérique du Sud, notamment.

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Belles surprises

Comme Solectron, beaucoup d’entreprises manufacturières de la région sont des filiales de compagnies étrangères. Difficile pour les gestionnaires locaux d’investir en Estrie, car c’est dans les sièges sociaux aux États-Unis ou en Europe que se dessinent les stratégies de développement.

Toutefois, certaines multinationales surprennent, débloquant des fonds pour soutenir leur filiale estrienne. Ainsi, Tafisa Canada, un fabricant de panneaux de particules affilié au portugais Sonae Indústria, a ajouté en 2006 une quatrième presse de mélamine à son usine de Lac-Mégantic. «Cela nous permet d’augmenter la proportion de panneaux avec une valeur ajoutée», explique Guy Sénéchal, directeur des ressources humaines. Cet investissement de plus de 10 millions de dollars assure aussi le maintien d’environ 310 emplois, ajoute-t-il.

D’autres entreprises de fabrication relèvent la tête, comme celles du secteur du caoutchouc et du plastique, qui représentent 16 % des emplois manufacturiers et font travailler près de 6 000 personnes en Estrie. Le fabricant de pièces de caoutchouc Camoplast, entre autres, a annoncé en mars dernier la construction d’un nouveau centre de recherche à Magog, créant environ 80 emplois en laboratoire et en usine. De plus, le Centre intégré de formation industrielle a vu le jour en 2006, à Magog, pour former la main-d'œuvre qualifiée dont les fabricants de plastique et de caoutchouc ont grandement besoin.

«Les productions manufacturières plus spécialisées sont aussi moins vulnérables à la concurrence», ajoute Danielle Pineault, économiste pour la région de l’Estrie à Service Canada. Dans son usine de Magog, la firme suisse Gurit fabrique de la mousse structurante destinée aux éoliennes et aux bateaux de plaisance. Depuis 2003, l’entreprise a créé 300 emplois. Encore à Magog, BHM Médical se spécialise dans les équipements médicaux, comme des lève-personnes. Avec la population qui vieillit, ces produits trouvent facilement preneurs, et la firme, qui emploie 175 personnes, vient d’agrandir ses installations. Enfin, toujours à Magog, 300 personnes travaillent chez PGI Difco, qui innove avec la confection de textiles résistant aux flammes.

La fabrication de machines est aussi en santé en Estrie. Emploi-Québec prévoit une croissance de l’emploi de 3,5 % dans ce secteur d’ici à 2010. «Les machines sont notamment destinées à l’industrie minière, qui va très bien, ainsi qu’à la climatisation et au chauffage dans le secteur de la construction, qui se porte bien aussi», explique Gilles Lecours. De son côté, en collaboration avec l’Université de Sherbrooke, Bombardier Produits Récréatifs (BRP) construit un Centre de technologies avancées visant à développer de nouvelles technologies dans le domaine de la fabrication de véhicules récréatifs. Ce projet créera une cinquantaine d’emplois en 2008.

Des projets stimulants

La relance économique de l’Estrie ne passe pas seulement par le manufacturier. En 2006, les commerces ont créé la moitié des 600 nouveaux emplois de la région. «Mais ces postes du domaine des services sont moins bien payés que ceux perdus en usine», nuance Gilles Lecours.

Selon l’économiste, plusieurs projets témoignent du dynamisme économique de la région, même s’ils ne créent pas d’emplois. Il cite l’exemple de La Cité des rivières, un récent aménagement de sentiers pédestres à proximité des rivières Magog et Saint-François, à Sherbrooke, qui devrait attirer des touristes. L’ouverture cet automne du Centre des arts de la scène Jean-Besré, à Sherbrooke, favorisera aussi la création en rassemblant en un seul lieu danseurs, comédiens et musiciens.

Même la controverse autour du mont Orford est sur le point de connaître son dénouement. Et c’est tant mieux, puisque l’incertitude n’est jamais bonne pour les affaires. «La Société des établissements de plein air du Québec va en assurer la gestion pendant deux ans, jusqu’à ce que la MRC de Memphrémagog décide de son développement, en concertation avec les habitants», dit Ghyslain Goulet, directeur général du Centre local de développement de la MRC de Memphrémagog. Bref, tout semble en place pour faire rebondir l’Estrie!


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Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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