Régions - Estrie

Le paradoxe des cantons

Avec ses deux universités et ses trois cégeps, l’Estrie semble une terre fertile pour l’enseignement. Pourtant, plus d’un élève sur trois y abandonne l’école avant la fin du secondaire. Ce qui place le taux de réussite scolaire de la région au 15e rang provincial… sur 17.

par Anick Perreault-Labelle




Mélissa Métivier-Patient, 20 ans, a laissé l’école il y a 5 ans, au milieu de sa quatrième année du secondaire. «Je voulais de l’argent pour partir en appartement parce que ça allait mal à la maison.» Depuis, elle a occupé une panoplie de petits emplois et travaille maintenant en entretien ménager à l’hôtel de ville de Magog. «J’aime ça, dit la jeune fille, mais j’aurai du mal à me trouver un autre emploi si je me blesse. Le diplôme de cinquième secondaire est exigé partout.»

Mélissa n’est pas la seule dans son cas. Selon les plus récentes statistiques du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec, pas moins de 34 % des jeunes de l’Estrie ont laissé tomber l’école avant d’avoir obtenu leur diplôme d’études secondaires en 2003-2004. Soit 10 % de plus que dans l’ensemble du Québec!

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Rien n’est simple

Les causes du décrochage sont autant familiales que socioéconomiques. «Quand on habite dans un petit village où les transports en commun sont inexistants, être autonome exige une voiture, explique Gilles Lecours, économiste à Emploi-Québec Estrie. C’est tentant de travailler à temps plein pour s’en payer une.»

Il y a quelques années, souligne-t-il, la région offrait beaucoup d’emplois manufacturiers exigeant peu de formation, ce qui incitait à interrompre rapidement ses études. Mais la réalité, en 2007, c’est que les décrocheurs estriens occupent le plus souvent un petit boulot dans le secteur des services. «Mal formés, ils perdent leur emploi à la première fluctuation économique, constate Jacques Bernard, coordonnateur de Partenaires pour la réussite éducative en Estrie (PRÉE). Sans compétences particulières, ils ont du mal à se trouver un nouveau poste.»

Une situation déplorable pour l’économie quand on sait que 26 000 postes seront à pourvoir en Estrie d’ici à 2009, selon Emploi-Québec. Des emplois le plus souvent destinés à des diplômés de la formation professionnelle et technique. Aujourd’hui, le secteur manufacturier a davantage besoin de têtes que de bras pour développer des produits innovants défiant la concurrence.

En plus de placer les travailleurs dans une situation précaire, les emplois occupés par les décrocheurs peuvent être peu stimulants. Une caractéristique qui a parfois l’avantage de redonner le goût aux études, comme le raconte David Aubut. En 2002, après avoir échoué ses mathématiques et son français de cinquième secondaire, ce jeune homme de 24 ans a laissé l’école pour aller classer des planches dans une usine de fabrication de panneaux. «Le travail était répétitif et mes collègues manquaient de culture.» Depuis, un conseiller d’orientation du Carrefour jeunesse-emploi l’a convaincu de terminer son secondaire à l’éducation aux adultes. Il étudie maintenant en sciences humaines au Cégep Beauce-Appalaches et songe à devenir anthropologue.

Des solutions

Pour que les jeunes de l’Estrie restent en classe, ou y retournent au plus vite, les deux universités de la région, deux cégeps, les commissions scolaires et des organismes communautaires, de concert avec le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, ont fondé, en 2005, la Table estrienne de concertation interordres en éducation (TECIE). «Les efforts pour contrer le décrochage ont souvent eu peu de résultats parce que seul le milieu scolaire était impliqué. Or, il s’agit d’une problématique socioéconomique», note Jacques Bernard.

La TECIE compte donc sur des projets mettant en relation plusieurs acteurs. «Les professeurs d’ici ne sont pas moins engagés ou moins travaillants qu’ailleurs. Il ne s’agit donc pas de faire plus, mais de faire mieux», dit Michel Bernard, directeur général adjoint aux affaires éducatives à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke. Par exemple, sa commission scolaire a lancé le programme Propulsion jeunesse Desjardins, en partenariat avec des groupes communautaires, qui a profité d’un financement de un million de dollars du Mouvement Desjardins.

«Ce projet consiste à offrir des activités parascolaires aux jeunes, comme le skate-board, le démontage d’un moteur ou des cours en entrepreneuriat, explique Michel Bernard. Les décrocheurs s’investissent généralement peu dans leur école. Or, ce programme leur permet de développer un sentiment d’appartenance, de se valoriser et d’identifier leurs intérêts.» Bref, il leur donne le goût de venir à l’école.

Les entreprises ont aussi un rôle à jouer dans la réussite scolaire, soutient Jacques Bernard. Par exemple, elles peuvent ne pas faire travailler les étudiants plus de 15 heures par semaine et embaucher à temps plein seulement ceux qui ont terminé leur cinquième secondaire. «Cela leur assurera une main-d’œuvre pour demain.»


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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