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Le moratoire de 1993 sur les poissons de fond a porté un dur coup à l’économie des Îles-de-la- Madeleine. Si bien que, de 1996 à 2001, l’archipel a perdu 808 habitants sur 13 000. Mais depuis cinq ans, le bilan migratoire affiche un gain de 156 Madelinots. Parmi eux, plusieurs jeunes entrepreneurs un brin ambitieux.

Le fumoir d’Antan, Havre-aux-maisons
Justin Deraspe faisait saliver les dépisteurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec lorsqu’il défendait les couleurs des Îles-de-la-Madeleine dans les tournois provinciaux midgets. Mais en 2004, contre toute attente, il a tourné le dos à la brillante carrière qui l’attendait pour prêter main-forte à son père, propriétaire d’un bateau de pêche. «Je m’ennuyais dans les camps de hockey», explique le jeune homme de 23 ans. «J’ai la pêche dans le sang et je ne me vois pas ailleurs qu’ici!»
Il n’est pas le seul à avoir tout quitté pour les dunes et le vent. Depuis quelques années, de nombreux jeunes partis étudier sur le continent sont de retour, au point de faire exploser le parc immobilier des Îles. Depuis 2004, une moyenne de 57 nouvelles maisons sortent de terre chaque année. Du jamais vu depuis les années 1970. «Ce n’est pas négligeable, compte tenu de l’exiguïté des lieux», dit Serge Bourgeois, chef du service d’aménagement du territoire.
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En effet, on fait vite le tour de cette région, composée d’une douzaine d’îles dont la plus grande, Havre-Aubert, fait 60 kilomètres carrés, pas tous habitables. Certaines îles ont beau être reliées par des dunes de sable, il suffit de regarder à l’horizon dans n’importe quelle direction pour apprécier l’immensité déserte du golfe du Saint-Laurent tout autour. Le sentiment de bout du monde est d’autant plus vif qu’on y accède après cinq heures de traversier, depuis l’Île-du-Prince-Édouard.
Malgré cela, la volonté de revenir est bien réelle chez les natifs expatriés. «Les jeunes doivent quitter les Îles pour étudier, mais ils veulent y revenir. Ils sont prêts à créer leur propre entreprise afin de s’établir», affirme Michel Nadeau, directeur général des Caisses populaire des Ramées.
Mais comment fait-on des affaires sur un caillou à quelque 80 kilomètres des côtes les plus proches?
À Cap-aux-Meules, La Poissonnière offre, entre autres mets cuisinés, des sushis que touristes et résidents dégustent avec la bière du bar Central, sur la terrasse attenante. Pierre Deraspe, 30 ans, est un des deux proprios. Après des études en marketing à la Northwood University, au Texas, il est devenu, en 2006, le partenaire de son oncle. À son initiative, le nombre de plats au menu a doublé en trois ans. Avec un chiffre d’affaires de 650 000 $, l’entreprise compte 25 employés à l’usine et au magasin. Mais l’aventure ne va pas sans écueils. «Les prochaines années seront difficiles à cause de la situation économique et du coût de transport du homard destiné à l’exportation. Heureusement, nous avons une clientèle locale régulière.»