Trouvez un article

Rechercher

Régions - Laurentides
Le télétravail dans les Laurentides

Au bouleau!

Les régions rurales du Québec cherchent par tous les moyens à contrer l’attraction fatale qu’exercent les grands centres sur leur population. Dans le coin de Sainte-Adèle, on propose aux gens d’emporter le bureau à la maison, et de s’éloigner des clients ou du patron.

par Éric Grenier
Photo : PPM


Magazine Jobboom
Vol. 2 no. 3
printemps-été 2001


«Sans Internet à haute vitesse, notre projet aurait été un flop.»
— Stéphane Lalande

La Société de développement économique (SDE) des Pays-d’en-Haut n’a pas de mégaparcs industriels «à vendre». Ni de gros marchés à proposer, même pas de terres fertiles à octroyer. Il n’y a, sur son territoire, qu’une autoroute et une polyvalente. Pas de train, pas d’aéroport ni d’hôpital.

Pour la SDE, ce cadre était parfait pour développer un projet «industriel» d’avant-garde : la Capitale du nouveau travail, qui a officiellement vu le jour le 6 novembre dernier.

Pub.

Le nouveau travail, c’est le vocable qui regroupe le travail autonome, le travail à domicile et le télétravail. La Capitale, c’est des collines, des lacs, des rivières, des forêts et des villages touristiques reliés au vaste monde par la magie de la fibre optique. L’idée est donc d’attirer dans ce coin des Laurentides des centaines de travailleurs autonomes et de télétravailleurs, histoire d’ajouter un peu de richesse à l’économie locale.

Ce n’est pas qu’on soit radin au pays de Séraphin Poudrier, mais l’industrie touristique et celle des services génèrent trop d’emplois précaires et mal rémunérés. Dans la région, plus des trois quarts des emplois sont issus de ce secteur. «Pour se diversifier, il fallait trouver autre chose qu’un gros parc industriel : nos résidants nous ont fait clairement savoir qu’ils ne voulaient pas d’industries polluantes, explique Stéphane Lalande, commissaire au développement économique à la SDE des Pays-d’en-Haut. Ils tenaient à conserver la qualité de vie de la région. Or, nos études nous indiquent que les travailleurs autonomes et les télétravailleurs recherchent cette qualité de vie : le grand air, la nature, la tranquillité.»

La MRC des Pays-d’en-Haut regroupe des centres de villégiature connus comme Sainte-Adèle, Saint-Sauveur, Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson/l’Estérel, mais aussi de petits bourgs moins célèbres, comme Lac-des-Seize-Îles, Sainte-Anne-des-Lacs, ainsi que Montfort, Saint-Michel-de-Wentworth et Laurel.

«Certains vont s’établir à Sainte-Marguerite pour profiter d’un environnement exceptionnel, au bord d’un lac. D’autres vont opter pour Saint-Sauveur afin d’être proches des pistes de ski.»

«L’été, ce que j’aime, c’est de me baigner au lac près de la maison avant d’aller travailler. Dix minutes plus tard, je suis au bureau !»
— Louise Benoit

Une option salvatrice

Louise Benoit, organisatrice de salons d’exposition (dont le Salon Maternité Paternité Enfants), a opté pour le brouhaha de Saint-Sauveur, avec ses rues animées par les touristes et les skieurs habillés de couleurs fluo. Elle y a installé son petit bureau. «En tout temps, je vois les montagnes, la nature... Je travaille moins stressée ici qu’à Montréal! L’été, ce que j’aime, c’est de me baigner au lac près de la maison avant d’aller travailler. Dix minutes plus tard, je suis au bureau!»

Avec sa Capitale du nouveau travail, la SDE des Pays-d’en-Haut n’a rien inventé. Déjà, les travailleurs autonomes ont fait de ce coin des Laurentides «leur capitale» : ils sont plus de 3 000 sur une population de 30 000 personnes. Souvent, il s’agit de professionnels habitant déjà la région, mais qui travaillaient à Montréal et se tapaient chaque jour un trajet de 80 kilomètres – une randonnée d’une heure quand les dieux de la route sont avec vous, une éternité quand ça se corse.

Déjà, les travailleurs autonomes ont fait de ce coin des Laurentides «leur capitale» : ils sont plus de 3 000 sur une population de 30 000 personnes.

C’est pour mettre fin à ce calvaire que Louise Benoit, qui habite à Saint-Hippolyte, un village voisin de Saint-Sauveur, a déménagé son entreprise dans les Pays-d’en-Haut. «Je m’épargne entre 10 et 15 heures de déplacements en voiture chaque semaine.»

Mais en faisant ce saut, elle s’est éloignée de ses intérêts, la majorité de ses affaires se déroulant à Montréal. «Et puis? Il y a le courrier électronique, Internet, le fax. Je fais affaire avec une graphiste que je ne voyais presque jamais, même quand j’étais à Montréal. On communiquait toujours par Internet.»

Bref, ses affaires ont peu souffert de l’exil. «Je perds un peu en dynamisme, cependant. Je vais moins souvent à des ¨5 à 7¨ pour faire du networking. Ça coûte plus cher de messagerie... mais les bureaux coûtent beaucoup moins cher ici. Et quand tu déménages de Montréal aux Laurentides, tu dois modifier ton style de vie. Ici, à six heures, c’est un village fantôme. Ça commence à bouger le jeudi soir seulement. Tu sors moins; il n’y a que très peu d’activités culturelles, comparativement à Montréal... mais il y a le plein air!»


guide de survie


En moyenne, combien d’heures de travail supplémentaires effectuez-vous par semaine?








Résultats