Conséquence directe de sa proximité avec la métropole, la Montérégie ne connaît pas l'exode des jeunes comme bien d'autres régions. Pourtant, si beaucoup de jeunes y vivent, peu d’entre eux ont fait le choix d’y travailler. Certains font tout de même figure d’exception et racontent qu’ils ne changeraient leur lieu de vie et de travail pour rien au monde.

Près des gens
Née à Napierville, Linda Coach aime les grands espaces et la campagne. Exilée pendant trois ans à Montréal, le temps de terminer sa formation de comptable agréé à l’École des Hautes Études Commerciales, elle n’a jamais apprécié le rythme urbain. «Je n’aime pas le stress de la ville, le métro à l’heure de pointe. C’est trop impersonnel pour moi.»
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Il y a cinq ans quand est venu le temps d’ouvrir son propre cabinet comptable, le lieu s’est donc désigné d’office : ce serait Napierville et rien d’autre. Un pari qui s’est révélé payant, puisque le téléphone n’a pas dérougi depuis. Avec trois employés à temps plein et un employé à temps partiel, c’est une véritable PME que Linda dirige aujourd’hui — une PME comparable à celles qu’elle aime tant desservir. «On m’a déjà offert d'ouvrir un bureau à Montréal, mais j’ai refusé. Je voulais évoluer avec les PME et ça, il y en a plein dans ma région.»
C’est aussi le type de rapports qu’elle entretient avec sa clientèle qu'apprécie Linda. «J’ai travaillé pendant deux ans dans un grand cabinet qui avait une clientèle montréalaise. C’est complètement différent. Ici, je suis près de mes clients. Je vais déjeuner au même restaurant qu’eux, nous jasons, ils me racontent leurs projets, leurs problèmes. J’aime ce que je peux construire ici avec eux.»
Pas question donc de traverser le pont, comme on dit familièrement sur la Rive-Sud, ni professionnellement ni personnellement. «J’ai la chance de pouvoir vivre à la campagne, d’avoir de l’espace autour de moi. Quand j’ai envie d’aller à Montréal voir un spectacle, je prends mon auto et j’y vais. C’est un peu le meilleur des deux mondes!»
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Attachement local
À 31 ans, Brigitte Brabant fait partie des jeunes qui ont quitté la région et qui sont revenus. Une décision plus sentimentale que rationnelle puisque, explique-t-elle, «j’avais des attaches personnelles dans la région». Des «attaches» qui se sont soldées par un mariage et par une installation définitive. Convaincue depuis sa tendre enfance qu’elle aura un jour sa propre entreprise, Brigitte a profité de son retour dans la région pour réaliser son rêve. Il y a trois ans et demi, elle démarrait Les Aliments Croc’Dor, une entreprise de transformation alimentaire spécialisée dans la fabrication de grignotines de soya. Partie de zéro, la firme emploie aujourd’hui une douzaine de personnes et vend ses produits un peu partout au Québec, au Canada et depuis peu aux États-Unis. Une exportation facilitée par l’emplacement géographique de la région, selon Brigitte. «Le choix d’installer l’entreprise ici était évidemment bien personnel, mais le fait que la région de Vaudreuil-Soulanges soit située tout près de la frontière américaine, de l’Ontario et de Montréal nous facilite beaucoup la vie. L’environnement est agréable et les services industriels, eux, sont comparables à ceux de n’importe quelle grande ville. C’est parfait.» Parfait aussi au plan de la qualité de vie, selon Brigitte : «Je vis carrément en milieu rural. Il y a de l’espace. Je n’ai aucun problème de circulation. Entre la maison et l’usine, j’ai deux stops à faire...»
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À 22 ans, Steve Dandeneault est l’un des plus jeunes directeurs commerciaux de tous les concessionnaires Mazda au Québec. Né à Sorel-Tracy, il n’a jamais véritablement quitté sa région. Détenteur d’une formation collégiale en administration et marketing, quand est venu le temps de se trouver un travail, il a tout naturellement misé sur son coin de pays. «Quand j’ai cherché du travail, j’ai choisi de faire mes premières démarches dans ma région. J’étais sceptique, mais il était très clair dans ma tête que je devais commencer par chercher dans ma région avant d’aller ailleurs. Finalement, les résultats ont été au-delà de mes espérances. J’ai même dû choisir entre plusieurs offres.»
En poste depuis près d’un an, il ne regrette pas son choix. Passionné de voitures, son emploi lui permet non seulement de travailler dans un secteur qu’il aime, mais aussi de côtoyer des gens chaque jour. Un aspect de son emploi qu’il apprécie particulièrement d’autant plus, qu’à son avis, la vie en région facilite les rapports humains. «Comme nous vivons et nous travaillons dans un milieu plus petit, établir des relations avec les gens est plus facile. Tout le monde se connaît. Dans mon travail, c’est très utile, entre autres, parce que je connais les gens des banques et des assurances avec qui je fais des affaires. C’est ce qui est le plus agréable en région.»
Pas question donc de quitter sa terre natale de sitôt. C’est que s’il avoue faire des allers-retours fréquents à Montréal, notamment pour profiter des spectacles et des restaurants, il apprécie toujours le fait de ne pas être coincé, jour après jour, dans les embouteillages monstres de la métropole. «Les appartements, les maisons, tout est moins cher ici. Les sports et le plein air sont très accessibles. J’habite à quelques minutes de mon travail. Ce sont de petites choses en apparence, mais qui comptent quand on les additionne ensemble.»
Zoom sur l’emploi
Avec Jean-Guy Leblanc, directeur régional, Emploi-Québec Montérégie
Tendances du marché de l'emploi
«Nous connaissons un léger ralentissement de l'activité économique, comme partout ailleurs au Québec, mais nous nous maintenons dans le peloton de tête des régions les plus productives en matière d'emploi. Le secteur manufacturier, notamment dans les domaines du plastique, de l'imprimerie et du matériel de transport (sauf en aérospatiale), embauche toujours. Les investissements d'IBM à Bromont font la part belle aux emplois dans le domaine des produits informatiques.
«La prochaine année ne s'annonce pas très spectaculaire, pas plus que désespérante. Nous prévoyons plutôt une stabilisation de l'emploi dans la région. Même depuis le 11 septembre dernier, notre indicateur des nouveaux projets, qui nous permet de prévoir la situation de l'emploi dans les prochains mois, nous montre qu'il n' y a pas de ralentissement de ce côté. S'il y a des pertes d'emplois dans certains secteurs, ces nouveaux projets vont les pallier.»
Des fermes et des jeunes
«Nous continuons cette année avec notre projet de formation en agriculture. Nous aidons 900 entreprises agricoles de la région, pour la plupart des PME, sinon de très très petites entreprises familiales, à former leur personnel, notamment en informatique, puisque l'informatisation des fermes se poursuit toujours. C'est un projet qui permet de stabiliser des emplois qui, autrement, sont précaires. Nous allons aussi porter une attention particulière aux jeunes, puisque dans certains coins de la région, nous observons des taux de décrochage scolaire importants qui atteignent jusqu'à 40 %. Il faut investir dans la formation de ces jeunes, si nous voulons les intégrer au marché du travail.»
(propos recueillis par Éric Grenier)