Trouvez un article

Rechercher

Secteurs en vedette - Haute-finance
Haute finance

Placement risqué

Si l’achat de la Bourse de Montréal par celle de Toronto rend l’avenir de la haute finance montréalaise incertain, l’égide de l’Autorité des marchés financiers assurera à la métropole québécoise de ne pas être flouée par sa rivale ontarienne.

par Louis-Philippe Messier


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 6
juin-juillet 2008


Entre consternation et confiance, l’âme des travailleurs du secteur de la haute finance québécoise balance! C’est qu’il est difficile d’évaluer les retombées de la fusion des Bourses torontoise et montréalaise, confirmée le 1er mai dernier.

Toutefois, avant d’approuver cette transaction qualifiée de «mariage de raison» par l’ex-premier ministre Bernard Landry, l’Autorité des marchés financiers (AMF) du Québec a posé des conditions (voir Les 5 commandements de l’AMF dans l'encadré plus bas) pour garantir le maintien dans la métropole d’une activité financière certaine. Comme concentrer à Montréal l’essentiel des activités dans le marché des produits dérivés. «Nous surveillerons de près les opérations de TMX [la nouvelle entreprise née de la fusion des deux Bourses] et nous nous assurerons du respect des conditions fixées», assure le porte-parole de l’AMF, Frédéric Alberro.

Pub.

En cas de non-respect de ses engagements par TMX, l’AMF pourrait lui retirer sa reconnaissance et, dans le pire des scénarios, l’obliger à cesser ses activités au Québec. Autrement dit, les décideurs torontois, en achetant la Bourse de Montréal, se sont placés en partie sous le contrôle de l’État québécois, par l’entremise de l’AMF, qui pourrait au besoin montrer les dents. «À tout moment, nous pourrions imposer des conditions additionnelles à TMX, si nous le jugions nécessaire», ajoute Frédéric Alberro.

Chaque année, la Bourse montréalo-torontoise devra soumettre son plan stratégique de développement de ses produits dérivés à l’AMF, qui pourra bloquer d’éventuelles décisions nuisibles pour Montréal.

Même si l’AMF joue la police d’assurance pour la Bourse de Montréal, le parquet montréalais appartient désormais à celui de Toronto. «On parle de fusion pour embellir la réalité, qui est que la Bourse de Montréal a été achetée, que ses actionnaires l’ont vendue», s’indigne le président fondateur du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires, Yves Michaud.

L’égide de l’AMF pourrait également se révéler éphémère, croit Yves Michaud. «À court terme, il n’y aura pas de changements notables, dit-il. Mais qui a dit que le marché des produits dérivés ne connaîtra pas tôt ou tard des phases difficiles ou des ratés?» se demande-t-il.

L’avenir est si imprévisible que même les analystes favorables à la fusion n’excluent pas l’éventualité d’une marginalisation de la haute finance montréalaise… «Tout est possible, le meilleur comme le pire», relativise Nabil Khoury, titulaire de la Chaire Desjardins de gestion des produits dérivés de l’UQAM et partisan de la fusion.

Autre fusion à l’horizon?

Dans l’avenir, croit le professeur Khoury, une fusion de bien plus grande envergure que celle du 1er mai est possible. Des acheteurs étrangers pourraient vouloir s’offrir TMX. «Assez rapidement, des gros joueurs étrangers du monde de la finance vont convoiter la Bourse unie de Montréal et de Toronto, prévoit-il. Si TMX est achetée par des étrangers, la métropole pourra quand même espérer garder son expertise dans le domaine des instruments dérivés pourvu qu’elle soit suffisamment consolidée

Par consolidée, Nabil Khoury entend difficilement déménageable. Une expertise financière montréalaise encore plus nombreuse qu’aujourd’hui et jouissant, à force de succès, d’une réputation internationale, coûterait en effet très cher à délocaliser. La main-d’œuvre de la haute finance montréalaise demeurera donc fort probablement spécialisée.

Au-delà des conséquences de la fusion sur la haute finance montréalaise, il faut se questionner sur la viabilité et l’indépendance du marché boursier canadien, explique Nabil Khoury. «La tendance au regroupement des Bourses est très forte. Même la Bourse de Paris a été achetée par celle de New York!»



Les 5 commandements de l’AMF

1 La nouvelle entité fusionnée TMX concentrera à Montréal l’essentiel de ses activités dans le marché des produits dérivés, un domaine aujourd’hui florissant où la Bourse de Montréal prospère depuis près de dix ans.

2 La Bourse canadienne du carbone de TMX sera basée à Montréal.

3 Au moins le quart des administrateurs de TMX vivront et paieront leurs impôts au Québec.

4 Aucun actionnaire de TMX ne pourra détenir plus de 10 % des actions sans l’approbation de l’AMF.

5 Les services en français seront maintenus.


guide de survie


Avez-vous déjà songé à réorienter votre carrière?







Résultats