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L’Afrique à fric

Les exportations québécoises vers l’Afrique ont triplé en six ans. Des pays du Maghreb et de l’Afrique noire se dotent d’infrastructures modernes et achètent chaque année quelques centaines de milliards de dollars de biens et services à l’extérieur du continent.

par Louis-Philippe Messier


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 7
août 2008


L’Afrique fait habituellement parler de ses maux : dictatures, guerres, pauvreté, famines, épidémies… Elle a pourtant un autre visage qui sourit aux gens d’affaires du Québec : celui d’un gigantesque chantier de construction, de routes, d’aqueducs, de ports, d’aéroports, de centrales électriques et d’usines de toutes sortes.

Stimulée notamment par l’éclosion économique de la Chine et de l’Inde, devenues des puissances commerciales rivalisant avec les ex-métropoles coloniales et les États-Unis, l’Afrique se développe et, de plus en plus, achète. Le volume de ses échanges avec la Chine, par exemple, est passé de 39 milliards de dollars en 2005 à 55,5 milliards l’année suivante. Dans deux ans, ce chiffre dépassera le cap des 100 milliards, prévoit l’Organisation mondiale du commerce.

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Pendant que les géants de l’économie mondiale se disputent le marché du développement de l’Afrique, le Québec tire son épingle du jeu, se réjouit Lucien Bradet, président du Conseil canadien pour l’Afrique (CCAfrique), un organisme sans but lucratif qui promeut les échanges commerciaux entre les communautés d’affaires d’ici et celles de l’Afrique. «Le Québec a du succès là-bas parce qu’il est très fort en ingénierie et que ses experts parlent le français, langue officielle de nombreux pays africains, dit-il. La maîtrise de l’anglais donne ensuite aux Québécois un avantage concurrentiel sur les Français ou sur les Belges, généralement moins à l’aise avec l’autre langue de communication africaine.»

Les chiffres de Statistique Canada sont éloquents. Le Québec a vendu 168 millions de dollars de biens à l’Afrique en 2000. En 2006 et 2007, ce volume de vente annuel avait presque triplé, passant à 493 millions de dollars. Ces statistiques ne tiennent même pas compte des «services» exportés par milliards de dollars par le Québec, rappelle Lucien Bradet. «Si je me fie aux 140 membres du CCAfrique, plus de 90 % de nos exportations sont des services, surtout dans les secteurs de l’ingénierie civile et de la formation de la main-d’œuvre, sur lesquels nous ne détenons malheureusement pas de données précises.»

Les membres de cet OSBL sont diversifiés : institutions gouvernementales (par exemple l’Agence canadienne de développement international et l’Agence spatiale canadienne), géants de l’ingénierie (Bombardier, SNC-Lavalin), universités, cégeps, etc.

Le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec ne possède pas lui non plus de statistiques sur les services exportés vers l’Afrique. Si «plus de 90 %» des exportations québécoises sont des services, dit M. Bradet, aux 493 millions de dollars de biens exportés correspondraient alors, grosso modo, 4,5 milliards de dollars de services exportés, évalue-t-il. «Une société comme SNC-Lavalin a réalisé pour la première fois de son histoire un chiffre d’affaires avoisinant le milliard de dollars en Afrique, ce qui représente maintenant le tiers de ses exportations internationales», illustre-t-il.

J’investis chez toi, tu achètes chez moi

Que s’est-il passé depuis 2001 pour que le berceau de l’humanité importe de plus en plus de biens et services québécois? «L’Afrique a compris que si elle n’offrait pas aux compagnies étrangères des cadres réglementaires ou législatifs acceptables, ces dernières iraient voir ailleurs, dit Lucien Bradet. Elle a donc fait ses devoirs.» Depuis, plus de compagnies y œuvrent et plus d’investisseurs les financent. Les milieux bancaires comprennent petit à petit qu’il y a de l’argent à faire en prêtant à ces entreprises opérant en Afrique.



Le Québec vers l’Afrique en chiffres

• Environ le tiers des exportations québécoises de biens vers l’Afrique sont destinées à l’Afrique du Sud : 156,6 millions de dollars d’achats par an en 2006-2007 sur un total de 493 millions. Viennent ensuite le Nigéria (95 millions) et l’Algérie (46 millions).

• Cinq autres pays africains ont importé plus de 10 millions de dollars par an de biens québécois au cours de 2006-2007 : la Tunisie (23 millions), le Sénégal (19,5 millions), le Kenya (17,7millions), le Maroc (15,7 millions) et le Ghana (13,4 millions).

• Les avions et les hélicoptères comptent pour le quart des 493 millions de dollars de biens québécois exportés annuellement vers l’Afrique, soit 141,3 millions en 2006 et 2007. Vient ensuite le papier journal (40,5 millions). Étonnamment, le troisième type de produit exporté par le Québec vers l’Afrique est… la graisse animale (22 millions).

Source : MDEIE / Statistique Canada


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