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Petite armée, petite R&D?

Les industries aérospatiales américaine, française et brésilienne sont largement financées par les budgets de défense militaire. La relative pauvreté du ministère canadien de la Défense nationale serait le talon d’Achille de la nôtre.

Par Louis-Philippe Messier


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 7 Août 2007


C’est un secret de Polichinelle : les activités de recherche et de développement «militaires» d’un pays servent souvent à outiller son industrie aérospatiale civile. Des contrats où seules les entreprises nationales peuvent soumissionner, au nom du secret militaire et de la sécurité nationale.

Avec un budget militaire relativement bas en comparaison de celui d’autres pays, le Canada est contraint de se montrer chiche envers les compagnies aérospatiales, déplorent les ténors de l’industrie.

«Un budget de défense faramineux sert souvent de couverture à des subventions qui seraient jugées déloyales par l’Organisation mondiale du commerce si elles ne passaient pas par l’armée», affirme André Bazergui, président-directeur général du Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ).

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La course aux millions

En avril dernier, à Montréal, le ministre canadien de l’Industrie, Maxime Bernier, annonçait pourtant la création d’un programme de 900 millions de dollars versés en 5 ans, intitulé l’Initiative stratégique pour l’aérospatiale et la défense (ISAD). Une bonne nouvelle? Oui, reconnaît André Bazergui, qui rappelle toutefois que ces millions d’aide gouvernementale ne seront pas donnés aux compagnies, mais prêtés; ils devront être remboursés intégralement en l’espace de 15 ans.

Ces millions serviront notamment à rénover des aéroports et à doter l’industrie d’infrastructures stratégiques, de laboratoires de recherche en matériaux composites et de nouvelles technologies. La demande pour des modèles d’avions et d’hélicoptères plus silencieux étant croissante, la guerre au bruit sera aussi subventionnée par l’ISAD. «Dans le jargon du métier, on appelle ça abaisser la signature sonore», précise Michel Legault, directeur du développement des affaires chez Bell Helicopter Textron, qui effectue des recherches dans ce domaine et qui sera sans doute candidate à l’obtention de prêts de l’ISAD.

«Nous avons déjà trois demandes de financement venant de compagnies privées qui souhaitent développer des appareils ou des composantes de nouvelle génération qui ne sont pas encore sur le marché», affirme Kathryn Kowbel, porte-parole de l’Office des technologies industrielles (OTI), l’organisme responsable de la gestion de l’ISAD.

Il faudra patienter avant d’en savoir plus : l’identité des entreprises qui sollicitent des prêts demeure confidentielle et le processus de soumission est complexe. «Il faut environ quatre mois aux compagnies pour comprendre comment l’ISAD fonctionne. Les demandes de prêt afflueront seulement à la rentrée», explique Rock Chouinard, directeur des opérations de l’OTI.


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