À la fin des années 1990, les retraites anticipées étaient à la mode. Qui aurait cru que les disciples de la «Liberté 55» reviendraient un jour sur le marché du travail? Probablement Johanne Berry et Louise Léonard, toutes deux directrices d’une agence de placement où les candidats expérimentés ont la cote.

L’agence Téléressources, fief de Johanne Berry, et l’agence LL2 Gestionnaires à la carte, gérée par Louise Léonard, se sont chacune constitué une banque de candidats retraités. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces exilés du marché du travail veulent travailler. Les palmiers de la Floride et le chalet au bord du lac, c’est bien beau, mais à la longue, on s’ennuie!
Téléressources a créé une division «jeunes retraités» dès 1991. Depuis deux ans, Johanne Berry place beaucoup plus facilement les gens âgés de 50 ans et plus. Preuve que les mentalités changent, lentement mais sûrement. «Les entreprises se disent ouvertes, mais beaucoup ne pensent pas à recruter des gens de 50 ans et plus. Quand on leur propose l’idée, ils la considèrent avec intérêt», explique-t-elle. Surtout que le manque de main-d’œuvre est aujourd’hui chose courante dans plusieurs secteurs d’activité.
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Les candidats semblent faciles à trouver. Louise Léonard a déniché 275 gestionnaires retraités ou semi-retraités depuis qu’elle a commencé à offrir ce service en avril 2005. Et, contrairement aux nouveaux diplômés, ils ne sont pas trop capricieux : ils s’accommodent d’un horaire à temps partiel et d’un salaire modeste. «Plusieurs ont eu un gros rythme de vie, explique-t-elle. Maintenant, ils veulent partager leur savoir sans le stress et les nombreuses heures de travail associés aux postes importants. De toute façon, ils ont moins besoin d’argent, puisqu’ils ont souvent un très bon régime de retraite.»
En revanche, Johanne Berry signale que les jeunes retraités sont rassurés d’avoir une agence qui s’occupe spécialement d’eux. «Pendant qu’ils travaillent, on cherche leur prochain mandat. Ils ne se retrouveront donc pas sans rien faire pendant des mois entre chaque contrat.»
Le domaine bancaire s’intéresse beaucoup aux travailleurs plus âgés. Raymond Chouinard, porte-parole de la Banque Royale, explique que c’est surtout une question de disponibilité. «Nous recrutons bon an mal an de 500 à 600 personnes. Nos besoins sont très grands et nous sommes face à des ressources humaines limitées.» L’expérience compte elle aussi pour beaucoup. «Les postes de représentant en prêt hypothécaire ou de directeur de comptes sont assez spécialisés. Ils requièrent de l’expérience, des connaissances et une bonne scolarité», explique-t-il. Que ce soit pour remplacer une cadre en congé de maternité ou pour pallier la surcharge de travail durant la période des REÉR, les ex-retraités sont les candidats idéaux!
Le commerce de détail recrute aussi de plus en plus de jeunes retraités. Le site de recrutement de Home Depot met à l’avant-plan l’image d’un commis aux cheveux gris. Dans cette chaîne de quincailleries, les 50 ans et plus comptent pour 25 % du personnel en magasin. Et on encourage les retraités à poser leur candidature. «Les personnes de 50 ans et plus ont des qualités très importantes, comme la fiabilité, la maturité et de très bonnes compétences pour le service à la clientèle. Comme ils n’ont pas de jeunes enfants, leur horaire est souple», dit Tina Peyregatt, la porte-parole de Home Depot Canada.
La «Liberté 55», finalement, c’est peut-être de pouvoir travailler à cet âge et de se sentir tout autant apprécié. Et si la tendance se maintient, les jeunes retraités auront bientôt la liberté… de choisir leur emploi!(J. L.)