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Ici comme ailleurs

Propulsé par la présence des immigrants et la popularité de certaines émissions culinaires, l’engouement pour les mets exotiques ne se dément pas au Québec. Les grandes chaînes d’alimentation mettent les bouchées doubles pour garnir leurs supermarchés de produits variés. Grâce à leur travail, le monde est à vos pieds… ou plutôt à votre bouche.

par Sylvie L. Rivard


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 3 Mars 2008


Lorsque Richard Duchemin, épicier-propriétaire du IGA Marché Duchemin et Frères, a rénové l’entreprise familiale en 1996, il a mis le paquet pour desservir sa clientèle d’origine étrangère.

Et pour cause! Son commerce est situé au cœur de Saint-Laurent, l’arrondissement de Montréal qui affiche la plus forte concentration d’immigrants : un résident sur deux est né à l’extérieur du pays. Au détour des allées de ce supermarché, on croise aussi bien des Libanais, des Égyptiens, des Arméniens, des Marocains que des Chinois, des Cambodgiens ou des Grecs. «Près de 45 % de ma clientèle est issue de communautés culturelles, estime l’homme d’affaires. Elle influence beaucoup ce qu’on trouve en magasin.»

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Par exemple, depuis la création d’une poissonnerie libre-service dans son épicerie, les clients peuvent choisir parmi une vaste sélection de poissons entiers aux noms qui nous sont parfois peu familiers (pompano, tassergal, thazard, mulet, poisson-chat, congre), et les faire découper à leur goût par une équipe de poissonniers.

«Depuis les rénovations, les ventes de poissons sont passées d’environ 800 $ à 35 000 $ par semaine», se réjouit Richard Duchemin. Plus loin, un vaste espace est consacré aux produits exotiques, surtout importés, comme le lait de coco, la pâte de curry, la farine de tapioca, l’eau de rose et la sauce de poisson. «La première semaine où l’on a mis des sacs de farine de riz sur les tablettes, on en a vendu plus de 7 000 livres, s’étonne-t-il. Même les Chinois du quartier chinois de Montréal et ceux de Brossard téléphonaient pour savoir comment venir ici.»

Le choix du client

«Dès que les épiciers ont compris que la clientèle immigrante représentait un potentiel de marché, ils ont commencé à développer une section de produits exotiques dans leur magasin», expose Georges Berberi, directeur de développement de marchés chez CLIC International, une entreprise d’import-export, de transformation et de distribution de produits à saveurs internationales de Laval.

C’est d’ailleurs en mesurant l’ampleur de cette demande que le président de CLIC International, Assaad Abdelnour – ancien propriétaire d’un Metro à Laval –, a commencé à importer des produits exotiques destinés aux supermarchés, en 1984. Spécialisée d’abord dans l’importation de riz, de céréales et de légumineuses, l’entreprise offre aujourd’hui plus de 1 500 produits allant de la sauce aux huîtres, à l’eau de fleur d’oranger en passant par la pâte de curry ou à tandoori.

Le commerce de l’alimentation reflète l’évolution du visage multiculturel du Québec, Josée Bédard, directrice principale aux affaires corporatives pour Provigo, membre du groupe Loblaw, qui possède les bannières Loblaws, Provigo, Maxi et Maxi & Cie. «L’essor de la cuisine italienne au Québec remonte aux années 1960, dit-elle. Les supermarchés ont dû réagir lors de chaque grande vague d’immigration qu’a connue le Québec, pour répondre à la demande.»

Ainsi les nouveautés exotiques n’apparaissent pas de manière uniforme dans toutes les épiceries. «Si l’on trouve du riz en plus grande quantité et en davantage de variétés à Brossard pour la clientèle asiatique, le quartier Saint-Léonard de Montréal mise davantage sur les pâtes, l’huile d’olive et les tomates pour la communauté italienne.»

Même phénomène chez Metro, qui possède les bannières Metro, Metro Plus, Marché Richelieu et Super C. «Dernièrement, Super C a développé dans certains secteurs multiculturels de Montréal et des environs des sections spécifiques pour la vente de produits exotiques, mentionne Josée Lessard, conseillère aux communications. On parle d’une allée consacrée à ces produits avec des indications par pays ou continent : Europe, Inde, Asie, etc.»

Mais si l’épicerie Loblaws du quartier très multiethnique de Parc-Extension, à Montréal, annonce des «mets indonésiens» dans l’une de ses allées, pas de chance de trouver pareille chose à Victoriaville, Chicoutimi ou Hérouxville… c’est bien la demande qui crée l’offre.


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