L’intérêt grandissant pour les produits d’origine étrangère représente aussi un marché florissant pour les entreprises de transformation alimentaire. «Les produits exotiques de Metro ne sont pas tous importés, précise Josée Lessard. Certaines compagnies se sont implantées au Canada, souvent à Toronto ou à Vancouver, et fabriquent des produits asiatiques, indiens ou autres.»
Pour sa part, CLIC International ne fait plus uniquement dans l’importation. Elle se procure parfois la matière première auprès des agriculteurs québécois, comme les pois chiches, pour les transformer en houmous. L’entreprise utilise aussi des concombres libanais cultivés au Québec pour faire ses marinades.
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Certaines entreprises cuisinent des mets exotiques en magasin comme la concession AKI Sushi Bar qui confectionne des sushis à l’intérieur même des Metro Plus.
Autre exemple, la boulangerie Arouch cuisine dans son usine de Laval des pizzas arméniennes, grecques, libanaises, turques et syriennes. Créée en 1978, elle les distribue depuis 2003 dans une trentaine de magasins d’alimentation de la région de Montréal, dont cinq supermarchés. Pas de doute pour son propriétaire, Arthur Dedeyan : les tendances alimentaires subissent l’influence du caractère multi-culturel du Québec. «Des personnes d’origines variées cohabitent : cela ouvre les esprits. Les Québécois sont curieux et intéressés à essayer de nouveaux mets.»
L’élargissement de l’horizon culinaire des Québécois de souche ajoute aussi à la demande. Selon les experts de l’alimentation consultés, la prolifération des restaurants, des livres de cuisine et des cours de cuisine du monde explique également l’engouement pour les produits exotiques. C’est sans compter les bienfaits de la consommation de certains aliments pour la santé comme le vin rouge (influence française), le thé vert (influence japonaise) et le curcuma (influence indienne).
«À l’origine, CLIC International répon-dait uniquement à la demande des immigrants, souligne Georges Berberi. Aujourd’hui, 45 % de notre clientèle est Québécoise de souche.»
«Avant, les produits d’importation entraient au compte-gouttes dans les supermarchés», se souvient Louise Ménard, épicière depuis 25 ans et propriétaire de quatre IGA dans la région de Montréal. «Depuis une quinzaine d’années, les Québécois voyagent plus ou recherchent des produits qui vont les faire voyager dans leur assiette. Ils sont aussi bombardés par des émissions de cuisine et de voyage. Quand Josée di Stasio ou Ricardo Larrivée parlent d’un produit exotique, c’est certain qu’on n’en retrouvera plus sur mes comptoirs les jours suivant la diffusion de leur émission.»
La popularité de la marque Le Choix du Président dans les commerces du groupe Loblaw démontre bien l’intérêt des Québécois pour les produits exotiques. «La gamme de mets indiens qu’on a lancée, comme le poulet tikka massala surgelé, les sauces maison indiennes ou encore le pain naan, obtient un vif succès partout au Québec, de la Beauce au Saguenay–Lac-Saint-Jean en passant par l’Abitibi-Témiscamingue», relate Josée Bédard.
Demeurer à l’écoute des clients, c’est la recette pour offrir des produits gagnants.
Chez Metro, on ne lésine pas sur les moyens pour sonder les besoins des consommateurs. Visite de magasins d’alimentation à l’étranger, participation aux salons internationaux de l’agro-alimentaire, groupes de discussion avec des consommateurs, études de marché, études de localisation, suggestions des clients dans le site Web, etc.
De son côté, l’épicière Louise Ménard scrute les nouvelles tendances au moyen de plusieurs sources d’information telles que les journaux, les émissions culinaires et l’offre des restaurateurs pour savoir si un produit aura du succès ou pas. Richard Duchemin, lui, n’hésite pas à questionner ses clients venus d’ailleurs sur les produits de base qu’ils ne trouvent pas en magasin, les marques prisées, les prix, etc. «Mes employés, dont le quart provient de communautés culturelles diverses, sont une autre source d’information privilégiée. Ce n’est pas tout d’offrir des produits exotiques, fait remarquer l’épicier. Encore faut-il que ce soit les bons produits.
Bref, les grandes chaînes d’alimentation du Québec s’ouvrent sur le monde à la vitesse grand V. Les tablettes de leurs supermarchés font place à des produits des plus variés. Le fameux «steak, blé d’Inde, patates» a perdu sa place au profit des sushis, des tortillas, des poulets à la sauce au curry et autres mets d’ailleurs.
Il n’est peut-être pas si lointain le jour où l’eau de rose ou le pain naan seront dans toutes les cuisines de la province.