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Acheter local, manger global

La concurrence des supermarchés offrant plus d’aliments venus d’ailleurs n’effraie pas les petites épiceries spécialisées. Une tournée de certains commerces à Montréal, à Québec et en région montre que les boutiques de produits exotiques continuent à faire de bonnes affaires.

par Emmanuelle Gril


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 3 Mars 2008


«On a commencé avec 25 pieds de façade en 1954, maintenant nous en avons 150!» déclare fièrement Angelo Fornarolo, gérant de la célèbre épicerie Milano située boulevard Saint-Laurent, en plein cœur du quartier italien à Montréal.

Ce véritable supermarché italien attire chaque année de plus en plus de clients. Des Italo-Québécois bien sûr, mais aussi des Québécois de souche. «Le stationnement n’est pas facile dans le secteur, et pourtant les gens viennent de loin pour acheter chez nous. Nous n’avons même pas besoin de faire de publicité, remarque Angelo Fornarolo. Le bouche-à-oreille fait son œuvre.»

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Renommée notamment pour ses 300 variétés d’huile d’olive, son remarquable parmesan, ses pâtes fraîches et ses saucisses faites maison, l’épicerie est toujours pleine à craquer. La concurrence des supermarchés? Angelo Fornarolo n’en a cure! «Nous offrons des produits de première qualité et des bons prix, c’est ce qui fait la différence!»

La concurrence? Connais pas!

Le supermarché Andes, la plus ancienne épicerie sud-américaine à Montréal, ne craint pas davantage la concurrence. Ce resto-boucherie-épicerie a ouvert ses portes il y a 23 ans, rue Bélanger. Ici, on trouve toutes sortes de produits mexicains, colombiens et péruviens.

«Notre clientèle est à 80 % d’origine latino-américaine», explique la gérante Maria-Angelica Pabon. Elle remarque que la fréquentation du magasin s’accroît, notamment par l’arrivée de nouveaux immigrants. «Dès qu’ils arrivent au Québec, des compatriotes leur donnent notre adresse et ils viennent faire un tour», souligne-t-elle.

Plusieurs consommateurs qui veulent retrouver les saveurs de leurs dernières vacances dans le Sud font aussi leurs emplettes chez Andes.

Même s’il n’est pas question d’agrandir ses locaux pour le moment, l’épicerie a embauché davantage d’employés et augmenté la quantité de produits offerts sur ses tablettes au cours des dernières années. Les supermarchés qui empiètent sur leurs plates-bandes ne font pas peur. «La qualité du service et des produits retient la clientèle, dit Maria-Angelica Pabon. Certaines personnes viennent de la banlieue pour acheter dans notre magasin.»

La situation est semblable à la boulangerie Samos, installée depuis 1951 au cœur du Plateau-Mont-Royal. Selon Peggy Kottis, la dynamique mère du propriétaire, Grecs, Portugais et Québécois se bousculent pour acheter des pâtisseries, des spanakopitas (feuilletés aux épinards), et même de succulentes nata, petites tartelettes portugaises à la crème. «Autrefois il y avait beaucoup de Grecs dans le quartier, ils ont déménagé dans l’Ouest-de-l’Île et en banlieue. Mais ils se déplacent jusqu’ici pour acheter nos produits. Il y en a même qui habitent Toronto ou New York et qui s’arrêtent chez nous quand ils viennent à Montréal.»

Plusieurs restaurants grecs viennent aussi s’approvisionner en pâtisseries à la boulangerie. Peggy Kottis n’est pas en concurrence avec les produits offerts dans les supermarchés comme les spanakopitas congelés et autres baklavas industriels. «Cela n’a rien à voir avec ce que nous offrons! Le secret, c’est la qualité des ingrédients et la fraîcheur.»

Le marché Ghanacan est un authentique supermarché ouest-africain niché rue Ogilvy dans le quartier Parc-Extension à Montréal. Ghanéens, Maliens, Sénégalais y viennent en grand nombre pour acheter du manioc, des épices, du poisson fumé et séché, des légumes comme les okras, le yam et le ndolé. «Il y a aussi quelques Québécois de souche, des gens qui ont vécu ou passé des vacances en Afrique», explique Juliana Abrokwa, l’épouse du propriétaire.

Mais la clientèle est essentiellement africaine et vient parfois de fort loin pour faire son tour au marché. «Il y en a de Québec, de Trois-Rivières, mais aussi de Toronto, d’Halifax et même de Vancouver!» énumère Juliana Abrokwa.


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