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Circulaire du 6 juillet 2008. Fraises. Barquette de 225 grammes. Deux pour 5 $. La photographie les montre bien rouges et l’eau nous monte déjà à la bouche. En petits caractères : Produit frais du Québec ou des États-Unis! Les producteurs d’ici doivent être débrouillards pour faire leur place sur les tablettes de l’épicerie.

Juillet, le soleil a fait mûrir les fruits rouges sur l’île d’Orléans. Les fraises sont sucrées, juteuses à souhait, nul besoin de crème ou de sucre. Un régal! Dans le magasin d’alimentation le plus près de chez vous, horreur! Des grosses intruses sans goût en vedette à un prix alléchant. Comment se fait-il que des baies américaines se glissent sur nos étalages en pleine saison maraîchère?
«Vous remarquerez, dit le producteur de l’île d’Orléans Daniel Pouliot, les circulaires disent bien souvent fraises du Québec ou des États-Unis.» Pour écouler leurs surplus, les producteurs américains offrent des prix imbattables aux grossistes. Pour les agriculteurs comme Daniel Pouliot, c’est «soit on baisse nos prix et on embarque dans le spécial, soit on garde nos fraises québécoises dans le champ».
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Selon les porte-parole des trois géants du panier d’épicerie au Québec (Loblaws-Provigo, Sobeys-IGA et Metro), à prix égal, volume égal, qualité égale, «on préfère les produits du Québec». Voilà pourquoi les chemins des tablettes sont impénétrables pour certains petits producteurs qui ne proposent ni volume ni rabais substantiels. Très souvent, c’est le siège social ontarien qui décide. Et le gérant de votre succursale préférée ne peut pas déroger à la liste nationale.
Malgré tout, quelques producteurs arrivent à voir leur nom imprimé sur les fameuses listes. Daniel Pouliot écoule sa patate douce chez IGA, «qui accepte de me payer quelques dollars de plus le gros sac parce que je leur offre certains avantages». Pour cause : il est le seul producteur enregistré de ce légume au Québec. «Ils veulent bien, mais pas à n’importe quel prix.»
Le président des miels Capilano Labonté, Jean-Marc Labonté, explique que les apiculteurs et autres petits producteurs peuvent s’en tirer avec un brin d’imagination et de leadership. «Je n’ai jamais vu une épicerie refuser catégoriquement», dit-il.
Daniel Pouliot distribue également ses fraises dans 15 épiceries de la région de Québec. En dix ans, les mentalités ont changé chez les marchands, observe- t-il, mais aussi chez les producteurs. «Moi, mon compétiteur, ce n’est pas mon voisin, c’est l’Américain.»